Jules Bœckel
DISCOURS
Prononcé comme Président sortant de la Société de Chirurgie
(20 Janvier 1926)
Mes chers collègues,
Voici donc encore une année que je passe à cette tribune où je ne remonterai plus ! Avec mon année de secrétariat annuel, avec les cinq années pendant lesquelles vous m’avez fait le grand honneur de me confier la charge de secrétaire général, cela fait sept années entières pendant le cours desquelles il m’a été donné de contempler de cette place les agitations de la salle. J’ai eu pendant ces 250 séances le loisir d’observer les mouvements qui la soulèvent. J’ai vu le silence attentif avec lequel vous écoutez les communications d’intérêt général ; j’ai assisté à des discussions passionnées sur quelques-uns des points les plus délicats de la chirurgie moderne, comme cette redoutable ostéosynthèse, qui possède le don d’enflammer quelques-uns de nos collègues les plus ardents et les plus convaincus. Ce sont les discussions, il faut le dire, qui font la vie de nos séances, et mieux valent cent fois, non seulement pour leur intérêt immédiat, mais pour leur influence sur les progrès de cette chirurgie qui
nous passionne tous, mieux valent cent fois ces séances agitées et parfois tumultueuses, même lorsqu’elles mettent à l’épreuve la patience et l’autorité de votre président, que certaines séances mornes où l’indifférence générale se traduit par ces conversations particulières qui résistent trop souvent aux rappels impuissants de la sonnette présidentielle.
L’indifférence, mes chers collègues, voilà le défaut dont nous avons le plus besoin de nous guérir. Sans doute elle n’est pas sans excuses. Nous tous qui sommes ici, les plus anciens comme les plus jeunes, nous avons vu de si grandes choses, — et de si terribles — que les heures que nous passons ici peuvent parfois nous paraître bien vides auprès de celles que nous avons vécues et où nous avions le droit de nous demander ce qu’il allait advenir non seulement de notre vie et de celle de nos enfants, mais de l’existence même de notre Patrie !
Mais depuis les jours sanglants de la guerre, depuis les jours miraculeux qui marquèrent sa fin, nos espoirs et notre enthousiasme ont connu trop de déceptions, et de trop cruelles, pour que nous n’ayions pas le droit d’éprouver quelque lassitude.
C’est pourquoi, mes chers collègues, c’est dans la chirurgie que je vous convie à retremper nos espérances et nos énergies ! Elle seule ne nous trompe pas. Elle avance toujours, parfois même lorsqu’elle paraît reculer. Elle avance toujours et chacun de ses pas se compte par le salut de vies humaines par milliers !
C’est ici, c’est dans cette salle que bat le cœur ardent de la chirurgie française, de cette chirurgie française dont la vaillance n’a pas faibli et dont l’autorité n’a pas cessé de s’étendre sur le monde entier ! Prenons donc conscience de notre force ! Rendons-nous compte de notre valeur ! Elevons nos discussions à ces hauteurs sereines qu’elles ne devraient jamais déserter. Etudions les idées nouvelles qui sont l’espoir du lendemain. Ne rejettons pas sans les discuter les idées anciennes, qui très souvent ont fait leurs preuves entre les mains de nos aînés, qui savaient aussi bien que