‹ En marge de la chirurgie (volume 2)Chapitre 16 sur 56 · DISCOURS PRONONCÉ A LA SOCIETE DE CHIRURGIE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A LA SOCIETE DE CHIRURGIE

nous, mieux que nous même quelquefois, voir ce qui se passait sous leurs yeux. Ayons le respect du passé ; ayons la foi dans l’avenir et travaillons de notre mieux.

La première condition de notre travail, permettez-moi de vous le dire, c’est l’assiduité à nos séances. Prenons exemple sur quelques-uns de nos anciens, qui viennent au milieu de nous, et qui souvent, dans nos discussions, nous font connaître le fruit de leur vieille expérience. C’est pourquoi je déplore, comme mon âge et mon assiduité personnelle me donnent le droit de le dire, je déplore de voir un trop grand nombre d’entre nous, et parmi les plus jeunes, et parmi les derniers élus, parmi ceux qui devraient tenir à honneur de venir travailler à côté de leurs maîtres et de leurs aînés, n’apparaître que de loin en loin au milieu de ceux qui les ont choisis, non pour les parer d’un vain titre, mais pour leur permettre de travailler avec eux aux progrès de la chirurgie.

Et vous me permettrez de déplorer aussi que, dans un jour comme celui-ci, un trop grand nombre d’entre nous désertent leur place accoutumée. Par déférence pour notre secrétaire général, qui s’impose le dur labeur de faire revivre devant nous la figure d’un des hommes qui ont honoré notre art, par respect pour cette Société de Chirurgie dont ils ont l’honneur de faire partie, je dis que tous devraient considérer leur présence à cette séance solennelle comme le plus agréable, mais aussi comme le plus étroit des devoirs.

Mais je ne veux pas terminer la dernière allocution que j’aie à vous adresser par des paroles trop sévères ! J’évoque avec émotion la mémoire de ceux qui nous ont quittés pendant le cours de cette année, de notre bon collègue Schwartz, qui nous était cher à tous, de notre ancien président Potherat, de Cauchoix, qui n’est resté que bien peu de temps avec nous. Parmi nos correspondants nationaux, Gabriel Maunoury, dont nous apprenions la mort il y a quelques jours à peine, le médecin

inspecteur général Février, auquel les hautes fonctions qu’il a remplies pendant la guerre n’ avaient pu enlever sa charmante simplicité, et mon vieil ami Malapert, que je connaissais depuis l’internat. Enfin la chirurgie universelle a fait une perte irréparable avec notre collègue Dopage, qui nous était doublement attaché, et parce qu’il honorait notre art et parce qu’il était un des fils de cette Belgique fraternelle qui a lutté, qui a souffert, qui a vaincu avec nous, et sur l’héroïsme de laquelle le voile mortel de l’oubli, qui déjà recouvre l’Histoire, n’est pas encore descendu.

Je remercie notre collègue Mouchet et notre sociétaire général pour leur collaboration sans défaillance. J’ai hâte de leur céder la parole. J’ai hâte surtout de vous permettre de vous abandonner à l’émouvante joie de voir revivre entre ces murs la mémoire d’un homme qui fut parmi les meilleurs d’entre nous, et dont nous gardons tous, au fond de notre cœur, le plus durable souvenir.

Je souhaite que mon vieil et fidèle ami Auvray, notre président de demain, trouve à la place que je quitte toutes les pures joies que, grâce à votre affectueuse courtoisie, j’y ai moi-même rencontrées — et puisque je n’ai plus qu’une parole à dire avant de descendre pour toujours de ce poste d’honneur que vous m’avez confié, que ce soit une parole de gratitude pour vous tous, mes chers collègues, et une parole d’espérance dans la grandeur et dans la gloire de cette Chirurgie Française dont vous tenez entre vos mains la vivante énergie et les destinées éternelles.

DISCOURS

Prononcé à l'occasion du Centenaire de Combe s Hospital.

C’est au nom de l’obstétrique et de la gynécologie françaises que je viens, avec mon éminent ami le Professeur Couvelaire, vous apporter les félicitations cordiales de nos compatriotes. Car si notre science n’a pas de patrie, et s’il y a dans le monde entier des femmes innombrables qui subissent la loi de fer de la maternité, ceux qui travaillent à les secourir en ont une !

Mais ils s’unissent tous, dans des manifestations comme celles d’aujourd’hui ; ils communient avec ferveur dans le culte de cette science qui a porté si haut le témoignage de sa puissance et de sa grandeur.

Toutes les nations ont apporté leur pierre à ce magnifique édifice — et c’est dans une pensée d’union que nous sommes venus pour célébrer la gloire séculaire de cet hôpital où les fils de la vieille Irlande ont travaillé de tout leur cœur et travaillent encore aux progrès de notre art.

Il nous est particulièrement doux, à nous qui sommes des enfants de la vieille race Celtique, de venir aujourd’hui apporter nos vœux fraternels sur cette terre généreuse qui a retrouvé pour toujours la liberté perdue et qui vit maintenant, indépendante et fière, sous les plis éclatants du drapeau britannique.

Ensemble nous avons souffert pour la justice. Nous avons vu jusqu’où pouvaient aller les puissances de destruction et de mort mises par la science entre les mains des hommes. Il faut qu’à l’avenir la science ne connaisse plus que les forces bienfaisantes de régénération et de vie ! Nous ne voulons plus que les hommes assistent à des drames pareils à ceux qui ont ensanglanté le Monde ! Notre devoir à tous est de travailler de toute notre âme pour abattre à jamais le monstre maudit de la guerre.

C’est dans des réunions comme celles-ci, où s’assemblent des hommes de bonne volonté, des hommes animés de l’esprit de justice, que s’élaborent les destinées de la future Humanité. Et nous surtout, nous qui remplissons cette tâche sacrée de rendre la santé et la vie aux mères de demain et de mettre au monde les enfants qui verront la fin de ce siècle commencé dans le sang et dans la douleur, faisons en sorte que ces mères et que ces enfants vivent dans les joies de la paix et ne connaissent plus la guerre !...

Puisse la maison bienfaisante que nous glorifions aujourd’hui continuer dans l’avenir à nous donner l’exemple du plus noble travail humain, et nous guider sur cette route obscure où l’Humanité douloureuse s’enfonce dans la nuit du Destin.

Dublin, 15 septembre 1926.

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