A VICTOR HUGO
Elle a sonné pour toi, Maître, cette heure sombre Où ton front, qui jadis sous ses lauriers sans nombre, Était notre flambeau ,
Sentant passer la mort qui l effleure de l aile ,
Sent retomber sur lui , pour la nuit éternelle ,
La pierre du tombeau...
Tu meurs ! mais nous gardons ton œuvre magni fique , Et tes vers immortels , et tes strophes épiques ,
Et ta cendre , et ton nom!
Ce nom si grand que nul ne sait si, dans l Histoire , C’est lui qui couvrira ce siècle de sa gloire ,
Ou bien Napoléon !
Et Pans tout entier , pendant la nuit funèbre 5 Parmi les cuirassiers debout dans les tenehres , Défila devant toi.
Sous cet Arc de Triomphe immense et solitaire , Dont la gloire jadis a parcouru la terre Aux ailes de ta voix!
Tout un peuple a suivi ta dépouille sacrée ,
Et les mères ! devant les fleurs amoncelées , Disaient à leurs enfants :
Regardez ! regardez ! voici V apothéose !
Voyez comment on mène au sol où tout repose Ces restes triomphants !
A ton grand souvenir nous resterons fidèles ,
Et nous conserverons tes cendres immortelles Dans notre Panthéon ,
Qui pourra , sous V azur du vaste ciel limpide , Dresser son dôme noir devant les Invalides ,
Où dort Napoléon!
Mais nous te reverrons dans ta gloire , ô Poète ! Et le laurier divin viendra ceindre ta tête De son nimbe immortel!
Quand, sur un piédestal digne de ton génie, Nous dresserons un jour, au nom de ta patrie , Quelque bronze éternel!
Mai 1885.
Cette pièce, qui comprenait une douzaine de strophes, a été composée quelques jours après la mort de Victor Hugo, sous l’impression qui nous étreignait tous et qu’augmentait encore le spectacle de ses funérailles.
J’en avais conservé une copie manuscrite que j’ai donnée, il y a quelques années, à Georges Victor-Hugo. Je n’en possède plus aucune trace. J’ai gardé seulement le souvenir de quelques strophes, que j’ai tant bien que mal reconstituées, et que je donne ici, comme un faible témoignage de mon culte pour le grand homme.