P R 1ÈRE
Oh ! qui saura jamais , en cette nuit profonde, Quel est ce Dieu puissant qui gouverne le monde Et commande au destin;
Qui tient au ciel ces feux que la nuit fait éclore, Et fait pâlir devant le flambeau de V aurore, L'étoile du matin P
Qui, du haut de son trône éternel et sublime, Abaissant son regard, fait au fond de l'abîme Gronder les flots amers ;
Qui déchaîne les vents et d'un signe de tête Peul faire à volonté hurler dans la tempête La grande voix des mers ?
Ou donc est-il ce Dieu que l'univers adore,
Auquel on voudrait croire, hélas ! et qu'on implore Mais que nul ne peut voir ?
Qui reste inaccessible en sa splendeur altière,
Et ne répond jamais à notre humble prière Que par le désespoir P
Où donc es-tu, Seigneur ? Réponds à ta servante , Ecoute sa prière et que sa voix tremblante S'élève jusquà toi,
Puisque son front qu'éclaire un rayon d' espérance , Inondé de l'éclat de ta toute puissance ,
S'incline sous ta loi !
Je n'avais ici-bas qu'un espoir et qu'un rêve ! Comme un nuage blanc que l'ouragan soulève Il s'est évanoui !
Et maintenant , mon Dieu ! devant moi tout est sombre , Et je ne vois plus rien que mon amour dans l'ombre Toujours enseveli.
Oh ! Comment te parler pour fléchir ta colère ? Faut-il donc me heurter le front dans la poussière Et me meurtrir le sein ?
Ou bien lever vers toi, Seigneur, mes yeux humides Dont les pleurs vont couler sur mes lèvres arides Qui t' implorent en vain ?
Non, tu ne voudras pas, en ce moment suprême, Refuser ton appui, Seigneur , à ceux que j'aime !
Oh ! viens les secourir !
Veille sur eux, car si le sort leur est contraire,
Si je perds à la fois mon époux et mon père,
Je n'ai plus qu'à mourir !
Pitié, pitié, pour moi , pauvre enfant misérable ! Mon Dieu ! Veuille appuyer de ta main secourable Mon père bien-aimé.