PRIÈRE
Car son œil toujours fier est obscurci par l'âge,
Et son bras fatigué répond mal au courage Dont il est animé !
Hélas ! pourquoi faut-il trouver devant mon père Celui qui , m'ayant prise un four sur cette terre , Fit de moi son enfant;
Qui ma toujours couvert de sa main paternelle Et que je crains de voir , en cette heure cruelle ,
Vaincu ou triomphant ?
Car enfin , Dieu puissant , que faut-il que je fasse ? Deux ennemis mortels se heurtent face à face ,
Je les aime tous deux !
Car , si je tiens de V un le sang de la naissance , L'autre a de son amour entouré mon enfance !
Il faut prier pour eux !
Mais protège surtout celui que ma pensée ,
De la crainte à l'espoir sans cesse balancée ,
Revoit à tout moment !
Celui devant lequel tout pâlit et s'efface ,
Qui rayonne en mon cœur comme un feu dans l'espace , V eille sur mon amant !
Veille sur lui , Seigneur , et que ta main divine Comme un rempart d'airain protège sa poitrine !
Guide son bras vainqueur!
Sinon je veux , pleurant sur sa tête embrassée Coller ma lèvre ardente à sa lèvre glacée ,
Et mourir sur son cœur !
Ces stances sont détachées d’une tragédie en cinq actes qui n’a jamais été publiée.
Elles ne sauraient être comprises sans quelques explications nécessaires : C’est la prière de l’héroïne, pendant un duel auquel ont conduit les péripéties du drame, et qui réunit les uns contre les autres, son fiancé, son père auquel elle a été enlevée dès sa naissance, et son père adoptif.