‹ En marge de la chirurgie (volume 2)Chapitre 49 sur 56 · LA MUSE DE LANTERNE · texte numérisé non relu

LA MUSE DE LANTERNE

Qui voit des malheureux la misère infinie ,

Et qui vient se pencher , pendant leur agonie ,

Sur le front des mourants !

Bien souvent dans la nuit glacée Je vais apaiser la douleur ,

Calmer la poitrine oppressée ,

Sécher les larmes et les pleurs !

Je vais vers celui qui tressaille Sous la souffrance qui tenaille Et je viens , pendant la bataille ,

Soulager son affliction !

Et quand fai perdu V espérance.

Quand la mort lentement s'avance ,

Je viens endormir la souffrance Sous la divine illusion !

Au bord de la couche sanglante Où va surgir le nouveau-né ,

J'aide la nature impuissante Dans son travail prédestiné.

Lorsque , dans les douleurs , la mère Se lamente et se désespère,

C'est moi qui viens lui dire : « Espère, Espère en ta maternité !

Celui qui naît de ta souffrance,

Et dont tu berceras l'enfance,

Sera la sublime semence De la future Humanité ! »

Et quand le mal stupide a choisi sa victime,

Et vient, comme un bandit qui savoure son crime, S'installer en triomphateur,

Je suis le justicier qui vient pour le combattre ,

Et mon bras souverain se lève pour lyabattre ,

Sous le couteau libérateur !

Mais je vis chaque jour dans V attente angoissée ! Une âpre inquiétude opprime ma pensée D'un poids toujours présent ,

Et mon âme s'attriste en ces luttes ardentes ,

Lorsque je plonge au sein des entrailles vivantes Mes bras rouges de sang !

Et quand la mort , que rien n'arrête , Voyageuse au rictus béant ,

A fini sa tâche muette Et fait son œuvre de néant !

Lorsque le cadavre livide ,

Décharné par la mort avide ,

Le front glacé , l'orbite vide ,

Dans son linceul enseveli ,

Attend abandonné dans l'ombre,

Etendu sur la dalle sombre,

Et laisse voir dans la pénombre Ses yeux ouverts sur l'infini!...

Je suis celui qui viens , dans le froid de la tombe, Chercher aux flancs des morts, sur qui la nuit retombe, Le secret de nos maux !

Et les jours les plus beaux de mes jeunes années, S' effeuillent tristement, comme des fleurs fanées,

Sur le bord des tombeaux !

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