‹ En marge de la chirurgieChapitre 10 sur 49 · RAOUL BAYEUX · texte numérisé non relu

RAOUL BAYEUX

Raoul Bayeux vient de mourir. Je ne veux pas le laisser partir sans consacrer quelques lignes à son souvenir, parce qu’il les mérite. Il était interne aux Enfants-Malades, au moment où Roux expérimentait, dans le service de Sevestre, ce sérum antidiphtérique qui a fait de son nom, quoiqu’en puisse penser son intraitable modestie, un des plus grands de la médecine contemporaine. Bayeux me tenait au courant de ces expériences et me disait son émotion de voir guérir presque tous les enfants qu’autrefois on voyait mourir! Il s’était pris d’un enthousiasme profond pour ce miracle de la médecine pastorienne, qui ne nous avait pas encore habitués à tous ceux que nous avons vus depuis lors, et sa thèse sur la Diphtérie avant et après 189b fut un véritable monument élevé à la gloire de la méthode qui a triomphé d’une affection qui portait partout l’épouvante, et dont les médecins d’aujourd’hui ne connaissent plus les ravages.

Il a d’ailleurs participé brillamment à la lutte et à la victoire. L’invention du tube court, du tube de Bayeux, à l’élaboration duquel j’ai assisté, et qui, chez les enfants tubés, facilite singulièrement l’extraction de l’instrument, a contribué à sauver beaucoup de petits malades.

Son oxygénateur pour les injections sous-cutanées du gaz vivifiant est une petite merveille de précision, et vient encore témoigner de l’ingéniosité de son esprit.

Il avait la passion des hautes montagnes, et les ascensions les plus difficiles exaltaient cet esprit qui, d’ordinaire, se laissait aller aux effusions de la gaîté la plus naturelle.

Il trouva le moyen d’associer son goût pour la recherche scientifique à sa passion pour les grandes cimes. Après être monté au sommet vertigineux du Cervin, où il avait même entraîné sa femme, comme lui pleine de courage, il était resté, à plusieurs reprises, quelques jours au sommet du Mont Rose et au sommet du Mont Blanc, pour y faire des expériences physiologiques du plus haut intérêt, en particulier sur le sang.

Mais ces prouesses difficiles ne sont pas toujours impunies. Dans une ascension dramatique où il faillit périr dans les neiges traîtresses, il brisa son cœur généreux. Il ne s’en est pas relevé. Mais nous devons un souvenir à ce héros de la montagne, qui a servi la science pure en accomplissant son destin.

18 décembre 1929.

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