MONUMENT A CABANES
Je me félicite d’avoir reçu de l’Académie de Médecine et de la Faculté de Paris, la mission d’apporter ici l’expression de leur reconnaissance.
Car Cabanès fut un de ces hommes qui ne veulent pas disparaître sans laisser derrière eux un souvenir matériel qui prolonge au delà de la mort leur participation au bien public, et à ce puissant travail collectif, indispensable élément de tout progrès humain et qui, lui, ne doit pas mourir.
A la Faculté de Médecine, il a légué sa bibliothèque, où se trouvent, à côté de toute son oeuvre, un grand nombre de livres, de documents, de vieilles estampes qui seront une des parures de notre Musée de l’Histoire de la Médecine.
A l’Académie, il a laissé une somme suffisante pour la création d’un prix biennal qui portera son nom.
La Faculté et l’Académie avaient donc le devoir de s’associer à l’hommage qui nous réunit aujourd’hui autour du monument que la piété de ses amis a élevé à sa mémoire.
Nous connaissions tous Cabanès, à l’Académie. On le voyait souvent, dans cette salle des Pas-Perdus, où nous avons coutume de nous rencontrer pour chercher un délassement aux discussions austères de nos séances parfois un peu monotones. J’aimais personnellement à causer avec ce petit homme aux yeux pénétrants, à l’esprit toujours en éveil, et qui avait eu l’honneur, je dirai presque
la gloire, d’intéresser à certains côtés de la Médecine ce grand public si étranger à tout ce qui touche à notre art. Il a ouvert dans le champ de nos connaissances, un sillon nouveau, qu’il a merveilleusement exploité. Ce n’est pas l’Histoire de la Médecine, mais la Médecine de l’Histoire qu’il nous a révélée, dans d’innombrables publications qui témoignent à la fois de sa puissance de travail, de sa passion de la recherche, de son génie de la découverte.
Pour choisir au milieu de tant d’œuvres de grand talent, son livre sur la Névrose révolutionnaire, que j’ai eu l’honneur de présenter à l’Académie, ne vieillira jamais. Tous ceux qui parleront encore de ce drame extraordinaire que fut la Révolution Française, devront le méditer, car elle demeure inexplicable aux historiens qui ne cherchent la vérité que dans la froide interprétation des textes et des événements, sans s’efforcer de pénétrer dans l’âme obscure des acteurs.
Il a pénétré, lui, dans l’âme de ces foules, — et de ces assemblées, qui ne sont que des foules, — capables en même temps de s’élever aux sommets de la passion pour le bien, et de s’abaisser aux fureurs qui emportent la multitude aux excès les plus dégradants.
Dans ce drame formidable de la Révolution, qui a ébranlé l’Univers, nous pouvons maintenant comprendre quelles forces obscures et quelles passions déchaînées ont précipité tant d’hommes dans le torrent de sang qui les a successivement engloutis.
Sous le signe de ces grands mots de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, convaincus de travailler pour le salut de la Patrie, pour sa grandeur et pour sa gloire, poussés en même temps, beaucoup par l’invincible foi en un idéal de justice, d’autres par l’ambition, ou même par l’amour, entraînés par le funeste vertige de l’éloquence, par les morsures de la jalousie, soulevés bien souvent par la pure flamme du patriotisme, les hommes de la