MONUMENT A CABANES
Révolution nous ont donné le plus terrible exemple de folie collective qui ait jamais égaré l’âme humaine !
Et nous avons compris comment, dans cette Convention Nationale, qui a pu faire ce qu’elle a fait, — à côté d’œuvres admirables dont les bienfaits durent encore, et de décisions d’une énergie surhumaine et qui ont sauvé la patrie, — une foule amorphe et médiocre, en proie à l’épouvante, préoccupée seulement de sentir de quel côté soufflait le vent de la tempête, et jetant des regards obliques vers cette Montagne tragique, où siégeaient ceux qui étaient en même temps les exaltés et les entraîneurs, a successivement précipité dans la mort des collègues, des amis d’hier, et la plupart de ceux qui, par leur activité, leur éloquence, leur courage, leur participation personnelle aux grandes décisions, et aussi par leur ambition^ par leurs passions et quelquefois par leurs crimes, s’étaient élevés au-dessus de la foule des inconnus, des timides et des silencieux !
En sorte que la grande inspiratrice de cette hécatombe sanglante et frénétique, qui nous saisit encore, après 140 ans, d’une sorte d’horreur grandiose, a été avant tout la peur, — cette peur collective qui emporte les foules, qui, dans une armée en déroute s’appelle la panique et le sauve-qui-peut, et, dans une assemblée politique, la terreur et la lâcheté !
Voilà ce que les travaux de Cabanès nous ont fait comprendre. Et voilà pourquoi beaucoup d’entre nous avaient pour son talent la plus haute estime. Il n’est pas douteux que si les hasards qui président souvent aux destinées humaines et au recrutement des académies n’en avaient pas autrement décidé, il serait quelque jour venu s’asseoir au milieu de nous .
Mais un souvenir durable et respecté vaut mieux qu’un fauteuil académique. Cabanès a voulu que, dans quelques années, un prix destiné à récompenser des travaux de l’ordre de ceux dont il a
donné le plus magnifique exemple, fut tous les deux ans décerné par l’Académie.
Et quand tous ceux qui l’ont connu auront été le rejoindre dans la grande paix de la Mort, les échos de nos séances solennelles viendront encore rappeler le nom de celui qui repose à jamais dans cette terre maternelle, dans ce sol du pays natal, qui nous attire avec une force invincible, parce qu’il est pétri de la poussière des aïeux et de la cendre de nos morts !
Cimetière de Gourdon, 1er septembre 1929.