ASSOCIATION DES GYNECOLOGUES ET OBSTETRICIENS DE LANGUE FRANÇAISE
(Congrès de Bordeaux, 3 octobre 1931)
Mes Chers Collègues,
Il y a deux ans, j’avais le grand honneur d’ouvrir notre Congrès sur cette terre de Belgique, qui nous reste à jamais sacrée par une gloire commune et par de communes douleurs. Et voici que, cette année, le destin me réserve la bonne fortune de vous souhaiter la bienvenue dans ce monument somptueux, qui demeure toujours un des plus purs joyaux de l’architecture française.
Et je ne puis m’empêcher de penser, en prenant la parole, que c’est en ce lieu même, qu’il y a soixante années, aux jours de la grande épreuve, retentissait la puissante voix du tribun qui venait de sauver l’honneur de la France et que les représentants de l’Alsace et de la Lorraine arrachées à la mère patrie, élevaient, au nom de la justice éternelle, la protestation des vaincus, et en appelaient aux réparations de l’Histoire dont nous avons vu, de nos yeux, parmi l’écroulement d’un monde, l’accomplissement fatidique.
Mais ces grands souvenirs ne doivent pas nous faire oublier les événements plus modestes qui nous réunissent aujourd’hui.
Je ne vous cacherai pas que j’éprouve une émotion particulière à vous recevoir ici, sous ce ciel de Bordeaux dans lequel je retrouve le ciel de mon enfance, dans cette ville magnifique, où
je me connais tant d’amis. Où, pour ne parler que de ceux qui ont marqué leur empreinte dans la Gynécologie, j’ai vu à l’œuvre le grand chirurgien que fut Démons, l’homme de grand talent et de haute conscience qu’était le Professeur Boursier, et mon ami Begouin qui a occupé après lui, cette chaire qu’il remplissait si bien, — et qu’il a cru devoir quitter, je ne dirai pas pour monter plus haut, — car il n’y a pas de chirurgie plus haute que celle que nous servons, mais pour employer autrement les belles qualités qui l’ont conduit, il y a quelques années, à cette présidence du Congrès Français de Chirurgie, qui doit suffire à satisfaire les ambitions des meilleurs d’entre nous. Et puis enfin, mon ami Guyot, notre président d’aujourd’hui, qui ne se doutait pas, lorsque je l’ai connu, dans un de ces hôpitaux du front de nos armées, où la chirurgie se faisait au son du canon et où il n’opérait que des hommes, que nous nous rencontrerions un jour, associés dans la présidence d’un Congrès, — qui ne s’occupe que des femmes !
Le premier de mes devoirs est d’évoquer ici la mémoire de ceux qui nous ont quittés. Depuis deux ans, la mort a choisi ses victimes. Et nos amis de la Suisse Romande ont été particulièrement éprouvés, Bourcart et Beuttner ont disparu.
Bourcart avait été notre président, à ce Congrès de Genève, qui fut aussi le Congrès de Lausanne, où nous avions pu apprécier, en même temps que sa haute valeur, tout le charme de son esprit et de son caractère. Il avait acquis une grande expérience et une autorité véritable dans la question si délicate et si controversée de la mécanique abdominale, et de toutes ces règles de gymnastique qui sont si mal connues de la plupart d entre nous, et que nous avons peut-être le tort de traiter trop légèrement. Il les étudiait, en tout cas, et les exposait avec une foi ardente et qui commandait le respect, même à ceux qui peuvent penser qu’il en exagérait les vertus.
Le Professeur Beuttner, un de mes vieux amis, nous a été
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enlevé subitement, en pleine action. C’était un travailleur infatigable. Il était de tous les congrès, de toutes les manifestations scientifiques, où il allait toujours, non pas seulement, comme beaucoup d’entre nous, pour se retrouver au milieu d’amis, mais pour communiquer les résultats de sa pratique et de ses études. Il avait la passion de la technique gynécologique, à propos de laquelle il a beaucoup publié, et de gros ouvrages ! Peut-être aimait-il un peu trop à se perdre dans les détails, et son livre sur la péritonisation du bassin est sous ce rapport un ouvrage d’une extraordinaire précision. Nous avions eu parfois tous les deux des discussions ardentes, en particulier à propos de l’appendicite chronique. Mais nous en gardions chacun l’impression des luttes les plus amicales pour le bien de la vérité, et j’ai été personnellement profondément attristé, le jour où j’ai appris que je ne le verrais plus !
Que nos amis de la Suisse Romande veuillent bien croire à la grande part que nous avons prise au deuil de leur petite Patrie.
Le Dr Mestre, agrégé de Cordoba, nous a quittés lui aussi. Il représentait parmi nous une de ces Universités de la jeune Amérique où le cœur est français, à défaut du langage, et où l’esprit reste latin, comme cette noble langue espagnole, que parlent plus de cent millions d’hommes.
Tout a été dit sur ce que nous avons perdu par la mort de Lecène. Le coup inattendu qui nous a tous frappés de façon si brutale, a abattu un homme qui semblait cependant taillé à la mesure des luttes de la vie, et sur lequel, jugeant de l’avenir d’après ce que fut le passé, la chirurgie française avait le droit de fonder les plus hautes espérances. Il n’était pas de ceux qui viennent à tous nos congrès, car il n’aimait pas les congrès, et il n’a jamais manifesté une fidélité particulière à nos réunions. Mais il était des nôtres, et c’est pourquoi je tiens à adresser à sa
mémoire l’hommage qui lui est dû, et à dire la perte irréparable qu’a faite, en cet homme de haute valeur, la chirurgie universelle.
Henri Delagenière était, lui aussi, un chirurgien de grande lignée, et qui a laissé dans le cœur de ses élèves, de ses collègues, de ses amis, — car sa simplicité, sa modestie profonde ne pouvaient lui faire que des amis, — un vide impossible à combler. Il s’est intéressé à toutes les branches de la chirurgie, et partout, il s’est révélé comme un maître. Pour nous, n’oublions pas, qu’il a été peut-être le premier en France, alors qu’il était encore, si je ne me trompe, interne de Terrier, à employer cette position déclive, qui. a centuplé la puissance et la précision de la chirurgie pelvienne, et a fait de nous ce que nous sommes. Et tous ceux qui exécutent aujourd’hui si aisément les grandes opérations gynécologiques rendent un hommage muet a cet homme modeste et bienveillant, presque timide, qui a bien travaillé pour eux !
A cette liste déjà trop longue, il faut encore ajouter un nom, celui de Jamain, secrétaire du journal « La Gynécologie », qui dans une sphère plus modeste a rendu, lui aussi, service a notre art. C’était un travailleur, un bon soldat de notre armée. Chacun de nous sert à son rang, et nous devons à tous, à tous ceux au moins qui ont servi avec honneur, l’hommage de notre affection, de notre estime et de nos regrets.
Mes Chers Collègues,
La Gynécologie et même l’Obstétrique, n’ont pas sensiblement changé depuis notre dernière réunion, et vous n’attendez pas de moi, je suppose, que je perde mon temps, et le vôtre, à vous exposer ce que vous savez mieux que moi. Aussi bien, certaines questions me dépassent, et j’avoue humblement mon ignorance, et même ma stupéfaction, lorsque j’assiste, par exemple, à ces étonnantes expériences qui nous montrent avec certitude l’action
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des produits folliculaires contenus dans l’urine de la femme enceinte sur le développement des organes génitaux des jeunes souris.
Toute une biologie nouvelle et inattendue naît en ce moment sous nos yeux. A vrai dire, je ne pense pas que ces découvertes changent jamais grand’chose à l’art de l’obstétrique, ni fassent que les femmes accouchent un jour autrement qu’elles ne le font aujourd’hui. Mais la recherche de la vérité et la révélation des secrets de la nature sont choses assez belles par elles-mêmes pour que nous les encouragions de toutes nos forces, et que nous admirions sans réserve les chercheurs obstinés qui y consacrent leur vie, souvent pour les seules joies qu’apporte, à celui qui la dévoile, quelque clarté soudaine projetée sur les mystères qui nous enveloppent.
Je laisse à d’autres ces études, qui sont faites pour de plus jeunes. Chacun travaille à sa manière et creuse, plus ou moins profond, son sillon dans la terre encore inconnue. Pour moi, pendant toute ma vie, j’ai pensé que le meilleur moyen de rendre service à notre art, et à l’innombrable phalange des femmes qui viennent à nous, était d’étudier la technique des grandes opérations gynécologiques, de la perfectionner, et de simplifier autant que possible cette chirurgie souvent difficile, mais qui l’est d’autant moins qu’on se rapproche davantage des principes qui permettent de la comprendre. J’espère avoir, sous ce rapport, rendu quelques services.
Mais si, maintenant que j’arrive au bout d’une carrière que je me suis efforcé de remplir avec honneur, je jette un regard en arrière, je vois que le Temps est un grand Maître, et qu’il faut bien des années pour faire pénétrer dans les esprits des idées que l’on croit bonnes, et pour modifier sensiblement les habitudes acquises. C’est cependant ce qu’il faudrait, et puisque c’est sans doute la dernière fois que je suis appelé à prendre la parole dans des
circonstances aussi solennelles, qu’il soit permis au vieux chirurgien que je suis de venir, devant ses amis, ses collègues, ses pairs et ses élèves, dire ce qu’il croit nécessaire pour faire de la grande gynécologie opératoire, sinon une science exacte, qui ne saurait exister en dehors de la mathématique, au moins une doctrine précise, et dont la précision même assure l’avenir.
Nous n’avons qu’un ennemi : la routine éternelle. Mais il est tenace et terrible ! Et quand je vois que des principes évidents et des vérités éclatantes mettent un demi-siècle à franchir une frontière, ou même la barrière fictive qui sépare deux services du même hôpital, je me demande s’il n’y a pas lieu de désespérer de certains progrès. Il ne faut cependant jamais désespérer, car vous trouvez parfois aux extrémités de la terre, des hommes qui ont vu, qui ont compris ce qu’il fallait comprendre, qui ont admis ce qu’il fallait admettre, et dont la largeur d’esprit suffit à consoler de l’incompréhension de tant d’autres !
Et cela n’est pas vrai seulement pour certains procédés opératoires, pour certaines méthodes, dont l’adoption se heurte souvent à des habitudes anciennes, à des parti-pris, et à cette impossibilité où nous sommes tous, ou du moins presque tous, de faire amende honorable et de reconnaître loyalement nos erreurs. C’est une tendance naturelle à l’esprit humain.
Cela est également vrai, par exemple, pour des instruments dont la supériorité éclate à tous les yeux avec un caractère d’évidence. Comment expliquer que cette admirable aiguille de Reverdin, que nous employons tous en France depuis cinquante ans, et qui est un des éléments essentiels de la simplicité de la technique chirurgicale française, soit inconnue dans bien des pays, et en particulier en Allemagne, Comment expliquer que la valve sus-pubienne de Doyen, qui est peut-être la plus belle conception sortie du cerveau de ce grand chirurgien, soit, elle aussi, inconnue dans l’Amérique du Nord ? Et je n’en finirais pas, si je voulais
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énumérer d’autres exemples, dont j’ai pu me rendre compte de mes propres yeux, grâce à cet esprit de vagabondage qui m’a, pendant toute ma vie, entraîné dans tant de pays.
Farabeuf, qui a eu une si profonde influence sur la Chirurgie française, bien qu’il n’ait jamais été chirurgien, mais parce qu’il a été l’éducateur et le maître de tous les chirurgiens de l’ère moderne, dont la plupart ont disparu, dont quelques-uns subsistent encore, mais qui tous se survivent ou se continuent dans leurs élèves, — Farabeuf, le grand Farabeuf, nous avait imposé, dans cette chirurgie des membres, qu’il n’avait jamais faite que sur le cadavre, une méthode sévère, une discipline inflexible, une instrumentation spéciale et d’ailleurs parfaite. Et qui de nous ne se souvient du couteau à amputation de jambe, du couteau de Lisfranc, du couteau à poignet, du couteau à sous-astragalienne ?...
Il devrait en être dans la chirurgie spécialisée, comme il en est dans la chirurgie générale, dans la chirurgie de Farabeuf. Et d’ailleurs, en réalité, il en est ainsi, dans la chirurgie de l’œil, dans la chirurgie du naso-pharynx, dans la chirurgie des voies urinaires, dans la chirurgie osseuse, dans la chirurgie dentaire enfin, où s’est constitué peu à peu un merveilleux outillage mécanique, qui rappelle les instruments de précision.
Dans ces diverses branches de la chirurgie, c’est l’impossibilité même d’exécuter correctement les opérations qui a imposé à tous la nécessité de se plier à une instrumentation spéciale.
Il devrait en être de même pour la gynécologie — ou tout au moins pour l’opération qui en constitue la partie essentielle, je veux dire cette admirable hysterectomie, qui est sans doute, de toutes les interventions de la grande chirurgie, en même temps la plus commune, et celle qui donne au chirurgien les satisfactions les plus nombreuses, les plus hautes et les plus définitives.
Il devrait en être de même, car rien n’est aujourd’hui mieux réglé que la technique de cette opération. Malheureusement, il
n’en est pas pour elle comme pour les interventions de chirurgie spéciale, dont je parlais il y a un instant. Elle est de celles qui peuvent se faire sans technique bien établie, et avec un outillage quelconque. On la fait bien ou on la fait mal, rapidement ou avec une lenteur désespérante, avec facilité ou en se heurtant à des obstacles sans cesse renouvelés. Mais enfin on la fait. Tout chirurgien qui a quelque expérience peut pratiquer une hystérectomie abdominale et la pratiquer sans aucun outillage particulier, par exemple avec les instruments qui servent d’ordinaire à la cure d’une hernie. Et ce chirurgien aura des succès, presque aussi nombreux, peut-être, que celui qui se fera un devoir d’employer une technique parfaite et une instrumentation irréprochable.
Mais, en réalité, il exécutera ses opérations moins aisément, il les prolongera sans nécessité, il verra de temps en temps quelque incident, qu’il aurait pu prévenir, ou même quelque accident, qu’il aurait pu éviter avec l’emploi d’une technique plus parfaite ou d’une instrumentation mieux adaptée, si bien que, tout compte fait, il aura des résultats moins satisfaisants. Et combien de femmes, au cours d’une longue carrière, paieront de leur vie cette obstination à refuser de s’adapter à une meilleure technique et à demeurer l’esclave de ses habitudes !
Voilà pourquoi, en gynécologie comme dans les autres branches de la chirurgie, nous devons nous astreindre à suivre des règles précises, qui existent depuis trente ans, et à employer une instrumentation, d’ailleurs bien simple, qui existe, elle aussi, depuis trente-cinq ans au moins, et qui facilite singulièrement une tâche souvent difficile.
Et puis enfin, — et je m’excuse de revenir encore une fois sur une question qui m’a toujours passionné, — il ne s’agit pas seulement pour nous, chirurgiens, de pratiquer une opération avec succès, il s’agit de la pratiquer avec art. C’est-à-dire d entourer
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son exécution de ces qualités personnelles qui varient avec chacun de nous, mais qui donnent à notre travail quelque chose de supérieur et qui suffit à l’élever au-dessus de l’œuvre commune.
Un chirurgien, malgré son nom, n’est pas un simple manœuvre. Il y a, dans toute opération, une part d’inconnu, des surprises parfois tragiques, qui demandent des décisions instantanées et même une sorte d’inspiration, qui, lorsqu’elle est malheureuse peut conduire à des catastrophes et qui, lorsqu’elle est bonne, peut, au contraire, décider en un instant du salut d’une vie humaine. Car telle est la puissance de notre action, et l’habitude que nous avons de ces situations souvent dramatiques, ne doit pas nous faire oublier leur gravité, et parfois même leur grandeur !
C’est pourquoi il est de notre devoir étroit, de nous affranchir, autant que possible de tout ce qui, dans les circonstances difficiles si communes dans la grande gynécologie, et plus encore peut-être dans cette chirurgie obstétricale, plus difficile et plus émouvante encore, demande à l’inspiration personnelle une part excessive dans des décisions capitales.
Il vaut mieux les déduire de règles depuis longtemps établies, d’une technique précise et des facilités que donné une instrumentation bien comprise.
J’ai travaillé toute ma vie, par la plume, par la parole et surtout par l’exemple, à montrer à tous ceux qui ont bien voulu se donner la peine de s’en convaincre, l’exactitude de ces idées.
Des chirurgiens innombrables, parmi ceux des pays lointains plus encore peut-être que parmi ceux au milieu desquels j’ai vécu, ont pu se rendre compte, aussi bien que moi-même, de la vérité de ce que je dis, de ce que j’ai écrit il y a plus d’un quart de siècle, de ce que je répète à tous les échos, et que je viens, en ce grand jour, redire solennellement, sans doute pour la dernière fois.
Et maintenant, mes chers Collègues, mes chers Amis, avant de
passer la parole au Professeur Guyot, laissez-moi, avec lui, et avant lui, vous souhaiter la bienvenue dans cette ville, qui est un peu ma petite patrie, — et que mes dernières paroles soient l’expression des vœux les plus profonds que je forme pour la grandeur et pour la gloire de l’Obstétrique et de la Gynécologie françaises, — car mon cœur ne connaît pas de frontières entre les hommes qui ont pour langue maternelle le parler de la douce France !
Bordeaux, 2 octobre 1931.
SOCIETE DE GYNECOLOGIE ET D’OBSTETRIQUE
(12 janvier 1931)
Mes Chers Collègues,
Je commence à être habitué aux présidences. Il n’en est aucune, cependant, qu’il m’ait été aussi agréable d’exercer que celle de notre Société. C’est qu’il y a ici, dans ce vieil amphithéâtre, où, avant celle de notre ami Couvelaire s’élevait la voix de Pinard, et où la confiance de ce maître illustre, m’avait appelé à l’honneur de pratiquer la grande gynécologie, il y a ici, pour moi, comme une atmosphère de famille où je me sens à l’aise, et où je me promets de venir respirer le plus longtemps possible.
Et puis, nous faisons ici un travail utile. Les discussions auxquelles prennent part, suivant leur point de vue, des accoucheurs, des chirurgiens, des médecins, comme mon vieil ami Siredey, toujours exact, toujours fidèle, et qui nous apporte, avec une probité scientifique exemplaire, les trésors d’une incomparable expérience, laquelle, il me permettra de le lui dire, a entouré son nom d’une autorité reconnue dans le monde entier, — ces discussions élargissent les horizons de chacun de nous et donnent à notre Société une autorité morale qui se traduit par les candidatures incessantes qui nous viennent de tous les pays.
Qu’il me soit permis de regretter seulement que tout ce qui
se dit ici de bon le soit quelquefois devant des gradins insuffisamment garnis. Mais cela n’empêche pas notre Bulletin d’emporter nos paroles aux quatre coins du Monde.
Il n’en est pas moins certain que si quelques-uns de nos collègues, surtout parmi les chirurgiens, faisaient preuve d’une assiduité plus régulière et nous apportaient plus souvent l’appui de leur expérience, notre Société serait plus influente et plus vivante encore.
Et cependant, au cours de ces deux ans, la mort nous a été clémente, et si elle a été terriblement cruelle pour les Sociétés de Province auxquelles nous unissent tant de liens et qui n’ont pas perdu moins de trente-sept membres, dont sept pour Bordeaux et huit poux Nancy, si nous sommes remplis de tristesse devant une hécatombe vraiment excessive, nous n’avons vu, nous, Parisiens, partir que deux de nos membres titulaires : Dubrisay, que nous aimions tous, qui a emporté avec lui notre estime et notre affection, et qui, lui, au moins, est parti à une heure où il avait droit au repos, et Lecène dont l’injuste mort a été un deuil irréparable pour la chirurgie universelle.
Ce n’est pas ici le lieu de rappeler la perte qu’a faite la chirurgie française en la personne de ce grand travailleur qui faisait honneur, en même temps, à la science pure, à la chirurgie active et à l’intelligence humaine. Dans quelques jours il sera honoré comme il convient, par mon ami Proust, à la séance solennelle de la Société de Chirurgie, et je ne puis ici que redire le sentiment de tristesse profonde que nous avons tous ressentie devant la disparition soudaine de cet homme qui nous apparaissait comme une force de la nature.
Henri Delagenière, un de nos membres correspondants, a succombé il y a quelques mois à peine. C’était un des courageux pionniers de cette décentralisation chirurgicale qui a rendu tant de services aux populations de la France. Il s’en est allé brusque-