A L’ASSOCIATION DES ETUDIANTS YOUGOSLAVES
En haut de la colline qui domine Belgrade et d’où l’on aperçoit, de l’autre côté de la Save, les hauteurs d’où partit le premier coup de canon qui fut le signal du plus grand drame de l’Histoire, — j’ai vu deux monuments, symboles émouvants du devoir et du sacrifice ! Au1 pied d’une blanche colonne, les tombes des soldats français morts sur la terre de Serbie sont là, parmi les fleurs et les couronnes, pour attester que le sang de la France a ruisselé dans les batailles livrées pour la Justice sous le ciel de l’Orient ! Tout près de là, sur un haut piédestal fait de blocs de granit, l’image magnifique d’un soldat victorieux serrant sur sa poitrine les plis de son drapeau, promène son regard par delà le Danube, sur la plaine sans fin qui, hier encore, était la plaine de Hongrie !
Et les soldats de la Yougoslavie, qui dorment poux toujours au pied du monument, reposent là, couchés près des soldats de France, leurs camarades dans la mort, comme ils le furent dans la vie !
Ceux d’entre nous qui firent, au jour anniversaire de la grande victoire, ce pèlerinage sacré, ne sauraient oublier l’émotion qui
planait sur tous, lorsque s’éleva vers le ciel, chanté par cent voix enfantines, l’hymne éclatant du poète immortel :
Ceux qui, pieusement, sont morts pour la Patrie,
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie !
Parmi les plus beaux noms, leur nom est le plus beau !
Toute gloire, auprès d’eux, passe et tombe éphémère,
Et comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau !
Ce furent des minutes poignantes et qui restent gravées dans le cœur, quand on les a vécues !
Et puis, le lendemain, à l’heure même de ce 11 Novembre où cessa de tonner, douze ans auparavant, le canon de la grande guerre, qui avait ici même grondé pour la première fois, ce n’était plus devant le monument des morts, mais devant celui des vivants, que nous nous retrouvions, parmi les drapeaux et les fleurs et le spectacle éblouissant des costumes venus de tous les coins de la Yougoslavie.
Nous étions là pour voir tomber le voile recouvrant l’œuvre puissante et tourmentée, due au génie d’un grand artiste, de Mestrovitch, qui doit perpétuer parmi nos enfants et les enfants de nos enfants, la reconnaissance de la jeune Yougoslavie pour cette France maternelle, vieillie en même temps dans la gloire et dans la douleur, — et qui commençait sa jeunesse à l’heure où l’on sentait naître un monde nouveau sur les débris de l’Empire Romain !
Cette manifestation magnifique de la reconnaissance de toute une nation fut vraiment éclatante, et ceux d’entre nous qui ont eu le bonheur d’assister aux fêtes de Belgrade, savent la profondeur des sentiments d’un peuple qui communie dans la mémoire des souffrances passées, et qui élève ses enfants dans le culte des grands souvenirs qui fleuriront un jour sur le berceau de la Patrie.
C’est la première fois dans l’histoire du monde qu’un peuple vient ainsi, devant un autre peuple, ouvrir les trésors de son