ASSOCIATION DES ÉTUDIANTS YOUGOSLAVES
cœur. Mais cela n’est possible que si l’on trouve chez ces nations, si loin par la distance et si près par les sentiments, des vertus identiques, une secrète communion de pensée, et cette âme brûlante qui, aux heures tragiques, fait surgir les mêmes héros !
Aux jours maudits, mais à jamais glorieux de 1914, quand le torrent des armées criminelles préparées pour le meurtre et la dévastation, roulait ses flots sur les terres ensanglantées de la France et de la Serbie, nous avons vu jaillir dans l’âme populaire le même sentiment du devoir, le même esprit de sacrifice, le même enthousiasme sacré. Nous avons vu tirer les épées vengeresses forgées par le Destin pour le salut du monde et votre vieux Putnik était digne de notre Joffre qui vient d’entrer dans la gloire éternelle !
Ainsi qu’aux temps anciens, perdus dans les profondeurs de l’Histoire, nous avons vu pour la deuxième fois, sur les lieux légendaires des champs catalauniques, briser les hordes d’Attila.
Et vous, vous qui veniez à peine, sous les murs d’Andrinople, d’effacer de l’Histoire les sombres jours de Kossovo, vous avez tenu tête, dans la gloire de cent combats, aux armées des envahisseurs.
Comme nous, vous avez connu les extrémités du malheur, et nous avons tous vu, sur son char traîné par des bœufs, l’image glorieuse de votre souverain, brisé par l’âge et la fatigue, mais gardant son âme indomptable : Pierre le Libérateur. Il fut jadis, il y a soixante années, un des soldats de la France vaincue, et nous avons été là-bas, sur la colline où le grand Karageorge appela ses frères aux armes, nous incliner pieusement, au nom de la France victorieuse, sur le marbre de son tombeau.
Pierre le Libérateur repose maintenant dans sa gloire, mais son exemple est là, parmi vous, et son sang revit dans son fils, l’héroïque soldat de la Grande Guerre : Alexandre, premier souverain de la Grande Yougoslavie !
Oui, mes amis, ce sont là de beaux souvenirs ! Nous avons vécu de grands jours, et qui resteront dans Phistoire comme une épopée légendaire !
Mais ces grands jours, que le destin nous épargne de les revivre ! Il ne faut pas que nos enfants revoient ce que nous avons vu. Il ne faut pas que le sang de l’Humanité vienne encore abreuver la terre. Et celle-ci est assez grande pour que tous y trouvent leur place !
Les péripéties de PHistoire ont fait de ces Balkans, placés au carrefour du monde, la terre des miracles et des calamités.
C’est là, sous le ciel de l’Attique, que les hommes ont découvert* pour la première fois, la souveraineté de la raison. C’est là, près de cette Acropole, encore intacte il y a sept siècles, édifiée lentement par le génie des hommes et détruite par leur folie, c’est là que quelques héros de l’esprit ont transformé l’humanité, en apportant au monde les règles souveraines de la philosophie, les enchantements de la poésie et les divins modèles de Part le plus parfait qui fut jamais, depuis qu’il y a des hommes.
C’est de là que partit pour un destin sublime, Alexandre le Macédonien, dont le passage sur la terre a changé la face du monde. C’est encore là que Byzance, sur les débris du monde antique, a édifié une civilisation nouvelle, à laquelle ont travaillé vos pères, venus des plaines infinies, en suivant le cours du soleil, au temps des grandes migrations.
C’est là, enfin, que les soldats de Mahomet II, après avoir fait brèche à la vieille muraille, toujours debout près des cyprès d’Eyoub, sont entrés à Sainte-Sophie, en apportant pour quatre siècles la dévastation, la stérilité et la mort.
Vous avez, depuis cinq cents ans, servi de rempart à l’Europe, et vous avez souffert la dure servitude, — jusqu’aux jours à la fois bienheureux et terribles de la douleur et de la mort, de la délivrance et de la résurrection !