LA MEDAILLE DE MAURICE AUYRAY
Mon cher Ami,
Je suis heureux d’avoir été choisi pour prendre aujourd’hui la parole au nom de tes amis. C’est un grand plaisir pour moi, et qui me touche d’autant plus qu’il n’a pas d’autre cause que notre vieille amitié. Je ne veux pas savoir à quelle époque elle remonte! Ce n’est certainement pas à nos premières années d’études, puisque j’étais déjà sorti de l’internat depuis deux ans au moins, quand tu y es entré, et que, malgré que tu aies eu la faiblesse de sacrifier au dieu dévorant de la mode ta belle barbe blonde, et qui t’allait si bien, tu es toujours une espèce de jeune homme, à côté de moi, qui ne rougis pas de ma barbe blanche et qui la conserverai jusqu’au bout !
Comment donc se fait-il que tu me sois plus cher peut-être qu’aucun des vieux amis que j’ai connus dans les salles de garde, au temps de ma jeunesse ? Il y a là, vois-tu, une sorte de miracle. Or, depuis qu’il n’y a plus de miracles, les femmes seules sont capables d’en faire. Et je crois bien que c’est par nos femmes, qui sont dignes l’une de l’autre, que nous sommes entrés peu à peu dans une affectueuse intimité, qui ne s’est jamais démentie, et qui durera autant que nous. Et c’est ainsi qu’elle nous a entraînés les uns chez les autres, même loin de Paris, que j’ai été me chauffer les pieds devant ta vieille et magnifique cheminée de