‹ En marge de la chirurgieChapitre 28 sur 49 · MÉDAILLE DE MAURICE AUVRAY · texte numérisé non relu

MÉDAILLE DE MAURICE AUVRAY

Colomby, et que toi, tu es monté dans ma grande tour de Mercuès. Et je crois bien aussi que, si nous nous sommes trouvés l’autre jour tous les deux à Belgrade, le plaisir de faire ensemble ce beau voyage a été pour quelque chose dans notre résolution.

Voilà certainement pourquoi je suis ici, aujourd’hui, pour te dire ce que nous pensons tous : que tu as donné, pendant toute ta vie, un bel exemple de travail, de dévoüment à tes malades, de générosité, de désintéressement, ce qui est très beau, par le temps qui court. Et c’est ainsi que peu à peu, simplement, sans compromissions et sans platitudes, et par la seule vertu de ta valeur scientifique, de ton talent chirurgical et de cette sympathie que tu as su inspirer à tous, tu es monté doucement sur le grand chemin de la vie, jusqu’à occuper, aux acclamations générales, cette présidence de notre Congrès de Chirurgie, qui est comme le couronnement de notre carrière, et qui reste le plus beau titre que puisse conquérir un chirurgien. Car le reste ne compte pas, auprès de cette royauté d’un jour, témoignage éclatant de l’estime et de l’affection de tous les chirurgiens de France. C’est notre élévation suprême, et rien ne vaut à côté d’elle !

Tu es de l’Académie, je le sais bien, puisque j’ai voté pour toi, et même sans me faire prier. Mais nous sommes beaucoup à l’Académie, et combien, sous notre demi-coupole, ont été présidents du Congrès Français de Chirurgie ?

Il est vrai que les Académiciens ont un bel habit, et notre vieux maître Le Dentu, qui t’aimait bien, comme nous l’aimions tous les deux, savait ce qu’il faisait en te laissant le sien. Il t’a permis l’autre jour, dans les rues de Belgrade, avec ta belle épée et ton magnifique bicorne, de soulever l’enthousiasme des foules et d’attirer les regards des belles Yougo-Slaves, alors que nous autres, qui n’avions que nos robes rouges, et notre toque antédiluvienne, nous ne pouvions inspirer aux mêmes jeunes femmes que les sentiments de respect qu’on a pour les prêtres incorruptibles

d’une des confessions innombrables, qui vivent côte à côte aux portes de l’Orient !

Oui, mon cher Ami, si je te dis ainsi ce que je pense sur le mode plaisant, c’est parce que je suis convaincu que, quand arrive un jour comme celui-ci, il ne faut ressentir aucune amertume ! Tu as bien travaillé, tu as admirablement rempli une belle et noble carrière, tu as répandu le bien autour de toi, tu as sauvé d’innombrables malades. Tu viens de nous donner encore un livre magnifique, un véritable monument sur les maladies du crâne et de l’encéphale, fruit de ton expérience et de ton labeur. Tu as enseigné les secrets de notre art à des élèves sans nombre, dans lesquels tu revivras, et par lesquels tu travailleras encore au soulagement de ceux qui souffrent, même quand tu n’y seras plus, par les mains de ceux que tu as instruits et qui transmettront à d’autres ce qu’ils tiennent de toi ! C’est notre immortalité à nous, chirurgiens, et elle en vaut bien d’autres, plus éclatantes bien souvent, mais qui n’ont pas cette profondeur, obscure mais réelle, modeste mais efficace, qui fait que, dans cent ans, dans mille ans peut-être, en quelque coin du monde, un homme vivra, une femme retrouvera la force et la santé, parce que, d’élève en élève, de chirurgien en chirurgien, nous aurons transmis le geste sauveur à celui qui l’accomplira !

v oilà pourquoi, comme tant de nos maîtres, comme tant de nos camarades, et comme moi-même bientôt, tu* peux, sans tristesse et sans amertume, jouir de ce doux repos que tu as bien gagné. Voilà pourquoi, pendant bien des années encore, nous avons le droit de l’espérer, tu pourras revenir aux rives enchantées de la mer de Provence, où nous nous sommes si souvent rencontrés, et dans ta douce Normandie, où tu pourras encore, à défaut du sang de tes opérés, verser celui des malheureux perdreaux que, malgré ta bonté, malgré ta douceur et cette générosité que je célébrais tout

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