AU BANQUET DE MONTRÉAL
êtes là, par millions et par millions, vous, Canadiens français, et que, ce soir, nous fêtons avec allégresse, ce Congrès de Langue Française ! Ah ! je le sais, les fatalités de l’histoire vous ont un jour, après des combats héroïques, où la noblesse et la loyauté que symbolisent les noms de Wolfe et de Montcalm, furent égales des deux côtés, conduits à vivre sous les plis d’un autre drapeau que celui de la France.
Mais vous y vivez librement, ainsi que l’Angleterre a coutume de laisser vivre ceux qui peuplent son immense empire. Et vous êtes le rameau vert, détaché du tronc paternel, et qui, planté dans la terre voisine, plus riche encore et plus féconde, renouvelle sa sève et fait éclater au soleil des fruits plus abondants. Et voici que dans ce pays où vinrent vos ancêtres, nous entendons sonner à nos oreilles, comme dans notre France, la douce langue maternelle !
Et puis aussi, aux grands jours de la Grande Guerre, n’êtes-vous pas venus, d’un cœur héroïque, combattre pour la vieille France, sous le rouge drapeau de la vieille Angleterre? Et combien d’entre vous, Canadiens du Canada, — et sans qu’il soit ici question de race, de langue et de religion, car le devoir n’en connaît pas, — combien d’entre vous sont tombés dans les champs de la Somme, aux crêtes de Vimy, qui dorment maintenant dans la terre de France, où leurs cendres se sont mêlées à la poussière des aïeux ?
Pardonnez-moi, mes chers amis, de remuer ici ces glorieux et puissants souvenirs. Le magnifique succès du Congrès où vous nous avez conviés nous réjouit tous profondément. Mais ces grands souvenirs nous remuent jusqu’au fond du cœur. Et c’est sur cette émotion généreuse et vivifiante que je veux terminer, en vous remerciant d’une hospitalité dont nous conserverons la mémoire, et en levant mon verre à la prospérité, à la puissance à la gloire de nos frères du Canada !
Montréal, 19 septembre 1930.