‹ En marge de la chirurgieChapitre 35 sur 49 · LE SERPENT SECOURABLE · texte numérisé non relu

LE SERPENT SECOURABLE

Me promenant un jour au jardin zoologique de Francfort, le hasard me conduisit devant une cage en verre, fermée en haut par un grillage, et qui contenait deux serpents. Et ce hasard me servit bien, car il me permit d’assister à une scène, d’ailleurs très courte, mais qui me montra jusqu’à l’évidence qu’il peut entrer parfois, dans ces petites têtes plates, des sentiments d’un caractère élevé, qui n’ont rien d’instinctif, qui sont voulus, qui sont pour ainsi dire médités, et qui ne peuvent trouver leur source que dans la raison.

Ces deux serpents étaient de la grosseur du pouce et de cette nuance brun clair qui semble être la couleur la plus commune chez ces animaux.

Un gardien avait mis dans la cage un malheureux moineau. Au moment où j’arrivai, un des deux serpents, qui se tenait vers le milieu, avait saisi le moineau par la tête et s’efforçait de l’avaler. La tête avait complètement disparu, jusqu’aux épaules, mais le pauvre moineau battait désespérément des ailes, et faisait des efforts violents pour échapper à l’étreinte des mâchoires qui l’étouffaient.

Le deuxième serpent était resté dans un coin de la cage, immobile, soulevant sa petite tête et regardant de son œil fixe le drame qui se jouait devant lui.

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