LE PROBLÈME DE L’ÉVOLUTION
l’espèce, la race, et tout enfin, depuis la tache d’or qui vient marbrer l’aile du papillon, jusqu’aux replis les plus secrets de la personnalité humaine.
Sans aucun doute, des transformations incessantes, mais que les limites fugitives de notre observation ne nous permettent pas de saisir, tiennent simplement à ce que les cellules sexuelles, les « gametes » qui renferment en elles, par un inconcevable prodige, toutes les virtualités de l’être futur, et peut-être de sa descendance, ne sont jamais identiques. Elles ne sont jamais superposables molécule à molécule. Il y a là, comme je l’ai dit dans mon article, une « dissemblance originelle » qui suffît à expliquer comment, de dissemblance en dissemblance, les descendants successifs s’écartent de plus en plus de l’organisation ancestrale, au moins dans les variations peu importantes, comme celles d’espèce à espèce. Elle n’explique pas, en revanche, comment, par exemple, certains mammifères ont évolué vers l’organisation qui en a fait des cétacés. Pour de telles métamorphoses, il faut faire intervenir d’autres causes, comme l’adaptation au milieu, qui nous montre en tout cas que si le génie de Lamarck n’a pas tout éclairci, il a entrevu cependant de grands lambeaux de vérité.
La connaîtrons-nous jamais tout entière, nous qui sommes venus un siècle après le grand visionnaire ? Et ceux qui viendront après nous ? C’est fort douteux. Et dans le magnifique ouvrage qu’il vient de nous donner, il est facile de voir que l’auteur ne l’espère pas. Nous ne saurons jamais, sans doute, ce qui s’est passé sur la Terre, parmi le monde des vivants, dans les abîmes du passé.
Presse Médicale , 1931.