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L OSMOSE SPIRITUELLE

Nous n'agissons pas sur nos semblables uniquement aux heures où nous nous y efforçons. Nous agissons sur eux plus souvent que nous ne l'imaginons, et, pour involontaire, pour inconsciente que soit cette action, elle n'en est pas moins efficace. Ne vous arriva-t-il jamais d'entendre quelqu'un vous demander : « Vous rappelez-vous ce que vous me disiez il y a quelques années? Vous me disiez que. . . » Non, vous ne vous en souvenez pas. Et pourtant, cette parole oubliée, qui vous semble banale, que vous laissâtes alors tomber négligemment de vos lèvres, un autre l'a recueillie précieusement, l'a retenue, elle fut pour lui comme une révélation.

Et nous n'agissons point seulement par nos paroles ou notre exemple. Notre individualité exerce en soi et à elle toute seule une influence aussi réelle que mystérieuse. Dès que deux créatures humaines entrent en contact, il se produit un phénomène analogue à l'osmose des physiciens. L'individualité du plus fort, du plus évolué, du plus noble agit, par la seule vertu de sa présence, par une sorte de magnétisme obscur, sur celle du plus faible, du moins développé. Ce qui crée parfois un lien si étroit, si puissant entre maître et disciples, c'est moins l'enseignement lui-même que la personne de celui qui enseigne.

Rends-toi fort, rends-toi toujours meilleur, puis laisse rayonner, s'irradier ton individualité. Elle en imprégnera d'autres de sa bonté, de sa force. Sans le chercher, sans le vouloir, tu seras un éducateur et un bienfaiteur.

Je dis : laisse et non : fais. C'est que cette action inconsciente se trouve fréquemment

3tre plus etficace que l'action voulue, affichée. ]ar, n'étant pas reconnue, elle ne provoque lucune résistance. Elle est insinuante, lente, iubtile. La prédication proprement dite, 'intervention expresse, impérieuse, voire bruale est nécessaire en certains cas. D'autres ois, en revanche, ce serait une arme k deux panchants, capable de faire, selon les cironstances et hors de toute prévision, tantôt lu bien, tantôt du mal.

L'influence « osmotique » d'une individuaité éminente et droite s'exerce, elle, d'une içon salutaire, sans exception, je crois. Un écrivain allemand, GustavFreytag, a dit : Le plus beau privilège du professeur d'Uniersité consiste en ce qu'il anoblit les âmes e la génération prochaine non seulement ap son savoir^ mais encore par sa personalité . . . Les hommes qui ne le connaissent oint pour l'avoir vu de près, qui ne peuvent iger de sa valeur que par ses livres, n'ont

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— Gode lui qu'une image incomplète ; tout autrement agit la force vivante, créatrice, qui est en lui, sur ceux auxquels il inculque sa science par les yeux et par les lèvres. Bienplusqu au Jji contenu de ses leçons, plus même qu'à sa méthode de recherche et d'exposition, c'est à son caractère, à l'originalité de sa parole qu'ils sont redevables de leur formation. Le tempérament du maître continue à opérer chez les élèves en créant une vie nouvelle, aussi bien parfois ses singularités et ses travers que ses qualités. »

On ne saurait mieux dire . Mais si le professeur est, à la vérité, plus que tout autre à même d'agir, de cette manière, sur ceux quil'écoulent et l'approchent, cela ne constitue point pour lui un privilège. Tous tant que nous sommes, nous possédons, à quelque degré,ce pouvoir, nous pouvons l'acquérir et l'accroître. D'ellemême, notre personnalité tend déjà à se développer, à s'affirmer, à s'affermir : aidons-y 1

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)*elle-même, elle tend à s'extérioriser : ne faionsrien pour y mettre obstacle! Rendons-la ^' umineuse, et laissons-la rayonner, et soyons ■ertains que beaucoup viendront se réchauffer, ;'éclairer à sa flamme ; et que cette certitude oit notre meilleure récompense, et même n'en

îherchons pas d'autre !

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