E LA SOUFFRANCE UNE JOIE ET DE LA JOIE
Artémise est atteinte d'une maladie chroliqiie qui l'oblige à suivre un régime fort évère;, à s'abstenir de ses plats favoris, à énoncer aux dîners en ville, à faire un exerice forcé, contraire à ses goiîts et à ses habiudes. Son confesseur lui a recommandé l'oftrir à Dieu toutes ces privations, afin ju'elles lui soient comptées au grand jour où ieront mis en balance nos péchés et nos nérites. Et Artémise se console, que dis-je? îe félicite presque detre malade, songeant jue les ennuis qu'il lui faut subir lui vauiront une meilleure place dans le ciel.
Damona, jeune encore, conquis une haute iituation dans l'Etat. Il est ministre, membre ie l'Académie Française, etc. .. Son nom est ians toutes les bouches, son portrait aux
lanci An icej
vitrines. Son ambition se déclare enfin, poujouft le moment du moins, satisfaite. Mais il pens à sa mère, la plus grande tendresse de sa vit sa mère, morte alors qu'il luttait encore, a milieu d'épreuves sans nombre, sa mère, donjiff, il fut l'idole, sa mère, trop tôt disparue, e qui n'aura pas eu l'allégresse suprême de Ljle voir à ce rang dont elle le jugeait digne ! Ah comme elle serait fière, comme elle serai heureuse ! Et quel bonheur ce serait poui lui-même d'aller, aujourd'hui, baiser ccL front vénéré, qu'il revoit, prématurémeni i ridé par les soucis, les angoisses, les dis- lan grâces de naguère!... Elle est mortel... El son cœur se serre affreusement, et des larmes lui montent aux yeux, pendant qu'il relit sujs V Officiel le compte rendu de la dernière dit séance de la Chambre, où il prononça un élo-| quent discours, dont l'affichage fut voté à{)i mains levées... ^Id
Tant l'homme est habile à faire de sa \
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ouffrance une joie et de sa joie une soufpanée I
Armando vient d'éprouver une grosse
léception.Une de ses eousines vient de décé-
'*^^ lep, laissant toute sa fortune à des œuvres
Me bienfaisance. Cent mille francs, sur lesquels
)lle comptait, lui échappent. Mais, à sa rage,
me joie maligne se mêle. Un de ses parents,
Lvec qui elle est brouillée à mort, se trouve
^ rustre, lui aussi. Et comme, légalement, il
levait hériter d'une part encore plus grosse,
ille triomphe quand même, en se représen-
ant la grimace qu'il a dû faire, car, de cet
léritage,, il avait, bien plus qu'elle, un pres-
lant besoin. Et peu s'en faut qu'en son for
ntérieur elle ne sache gré à la défunte d'avoir
linsi disposé de ses biens.
Philémon possède, depuis quelques jours, ine maîtresse adorable, plus charmante que eûtes celles qu'il a eues ou dont il a rêvé. Il 'cvient d'un rendez-vous et se remémore les
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heures d'incomparable félicité passées auprè d'elle, quand soudain cette pensée lui travers l'esprit : « Ah ! si seulement j'étais son pr( mier amant ! Mais, avant moi, elle en ei d'autres, combien d'autres ? Elle leur donn les mêmes ivresses, elle reçut d'eux les même étreintes. Et peut-être, au milieu de no communes extases, leur image, dans soi cœur, se confond-elle avec la mienne... »E une jalousie rétrospective vient gâter irrémé diablement l'impression de bonheur sans mélange qui, une minute plus tôt, le possédai tout entier.
Tant l'homme est ingénieux à faire de sa souffrance une joie et de sa joie une souffrance !
Nous avons vu précédemment quelles craintes superstitieuses assaillent parfois les hommes aux plus belles heures de leur vie.
Et Nietzsche, en revanche, a écrit : « Jamais je ne me suis donné à moi-même autant de
bon
les