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LE PASSÉ ENCOMBRANT

Le passé nous accable. Tout ce passé que nous traînons à la remorque ; tous ces ves-

loi] m

les

liges, tous ces documents innombrables que nous conservons avec un respect dévot, auxquels nous attachons tant de prix, et pour lesquels la place ne tardera pas à nous manquer... Ce boulet, chaque jour plus pesant, ralentit notre marche en avant, finira par 'arrêter, par compromettre, sous prétexte de science, le sort du genre humain, si nous Q'y mettons bon ordre. A force de nous occuper des morts, nous en négligeons les vivants, et faisons tort aux générations futures.

Trop d'archives poudreuses, trop de biblio- ;hèques oii s'amoncellent des livres surannés, rop de monuments historiques, trop de [•cliques inutiles, dont nul souvent ne se îoucie, sauf leurs gardiens, trop de musées ncombrés, trop de cimetières encombrants ! Jue d'argent englouti dans ce gouffre qui l'élargit sans cesse, que d'existences sacrifiées )Our garder, classer, entretenir ces prétendus résors! Faisons un choix sévère, il est grand

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temps, ou craignons un nouvel Erostrate Ceux qui souffrent à cette heure, parce que la sollicitude de l'Etat est à court, ceux qu manquent de pain, ceux qui manquent de loisirs pour franchir le seuil des musées et des bibliothèques, je les trouve bien patients ! . . Peut-être ne sont-ils qu'inconscients... Qu'ils cessent de l'être, et je tremble pour les chefsd'œuvre que la fureur populaire confondra avec le bric-à-brac, pour les vrais savants, les vrais penseurs, les vrais artistes, qu'elle risque d'englober dans le même ressentiment, le même carnage que les pédants de tout acabit, maniaques d'érudition, philologues imbéciles, remueurs de paperasses et autres parasites, tous les rats de bibliothèques, vers et vampires qui passent leurs journées, leurs années dans la nécropole du passé, se nourrissant de cadavres, tandis que, dans la cité actuelle, tous les travailleurs ne mangent pas à leur appétit, tous les enfants ne vont pas à l'école!

Il est temps, grand temps, encore une fois, de faire quelques économies aux dépens du passé, en faveur du présent... et de l'avenir!

Jetons du lest, pour que le ballon qui nous porte ne cesse pas de monter, ne redescende pas ! Jetons du lest ! . . .

Chacun de nous, périodiquement, range ses papiers, ses vieilles lettres, ses vieilles hardes, ses bibelots, à Toccasion d'un changement de domicile, par exemple, et en détruit une partie. L'humanité devrait bien faire de même.

Autrement, craignons un nouvel Erostrate !

Ou faut-il dire plutôt : s'il vient, bénissons-le !

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