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RECONFORT IMPREVU

Sous le coup d'une grande infortune, d'une de ces catastrophes qui semblent enlever à la vie toute raison d'être vécue, toute perspective, proche ou lointaine, on se sent d'abord accablé, terrassé... Puis, une fois subi ce premier choc, on éprouve, d'ordi-

naire, une impression inattendue, surpreff nante, miraculeusement opportune ; une sorte d'allégement inconnue jusque-là, unique ce son genre, qui, tout d'un coup, et comme pai enchantement, succède au désespoir. La vie vous devient quasi-indifférente ; on ne la prend plus au tragique, ni même au sérieux ; le souci de l'avenir, du lendemain se trouve aboli; on s'étonne d'avoir auparavant attaché tant d'importance à tant de choses ; on se laisse aller ; on n'a plus la volonté de rien ; on se résigne à tout, d'avance; on s'abandonne avec sérénité au hasard, au destin. On est comme le capitaine d'un navire désemparé par la tempête, ne gouvernant plus, devenu le jouet des vents et des courants ; il sait n'y rien pouvoir ; il n'a pas la peine de tenir la barre | désormais inutilCjil se dit : « Advienne que voudra », et s'en va dormir. De même, après une grande catastrophe, on a le sentiment d'être aflranchi de tout devoir, de toute responsabi-

lité ; le sentiment qu'une force supérieure, implacable autant que mystérieuse, vous domine, qui achèvera de vous briser quand il ui plaira ; le sentiment qu'il n'y a rien à faire, qu'à se laisser faire, à se laisser vivre, tant que l'on vivra, sans plus chercher à donner i sa vie une direction, une orientation quelîonque ; le sentiment que Ton n'est, à aucun iegré, maître des événements, forgeron de îon bonheur, ou de son malheur, que tout se iétermine, sinon contre, du moins sans votre /olonté, malgré elle et en dehors d'elle ; )ref, que l'on n'est pas libre, et que l'on n'aura,

}ré[uoi qu'il arrive, rien à se reprocher; on se ent la conscience tranquille, parfaitement,

ienlnerveilleusement tranquille, dans le passé, e présent et le futur. Et de cette constatation, le celte impression résulte un soulagement [nmédiat, intense, qui vous sauve, à l'instant

Ire aême où l'on se croyait perdu, où l'on croyait Dut perdu ;ie soulagement de l'homme qui

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vient de déposer un lourd fardeau, de rhomm auquel aurait été confiée une fonction emba rassante, trop délicate, trop grosse de re: ponsabilités et qui s'entendrait dire : « Noi vous tenons pour quitte ! Allez vous prora< ner! »

Cet état d'àme qui, en bien des cas, se man feste au sein des pires détresses, d'autai plus marqué que le coup reçu fut plus vio lent, est comme une réaction instinctive d l'organisme, lequel veut, à tout prix, sui vivre. Elle s'explique physiologiquement i psychologiquement, mais ne repose pas, ej.. dernière analyse, sur un simple leurre qui l'esprit se forgerait, faisant de nécessité vert et contre mauvaise fortune bon cœur. Non, il a beaucoup de sagesse involontaire dans cett à façon d'envisager les choses, et c'est préci 3 sèment là une des utilités du malheur extrèm et de l'extrême souifrance : à savoir l'occasio: qui nous y est donnée de voir la vie Je mond

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et nous-mêmes sous un aspect exceptionnel que le cours normal de l'existence ne nous

^pévèle point, nous cache plutôt, et qui est ians doute le plus conforme à la réalité

^3ro fonde.

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