LE ROYAUME TERRESTRE
Genève, huit septembre, neuf heures du 'Inatin. Je suis venu m'asseoir sur un banc de '•^ 'île Rousseau. Derrière moi, la statue duphiosophe. Devant moi, le lac, dont un léger •rouillard estompe les contours. Je me hauffe, comme un lézard, au bienfaisant oleil de cette exquise matinée de pré-automne. Suis-je seul à éprouver cette sensation, une es plus agréables que je connaisse? Etre rrivé la veille dans une grande ville moderne t, au matin, de bonne heure, déambuler par )s rues, en proie à cette griserie légère que onnent Tënervement d'une mauvaise nuit.
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un bon cigare et l'aspect nouveau des chost et des gens . lie
J^ai déjà visité bien des villes, parmi le « plus belles. Rarement il m* arriva d'éprouvé jd au même degré qu'aujourd'hui, ce sentimei ip d'admiration éblouie en présence de la beau et de l'activité croissante des cités humaine
Les personnes que nous fréquentons quot diennement se transforment peu à peu sai que nous en soyons frappés. Mais si noi revoyons, au bout de quelques années, u enfant, nous nous écrions : « Comme il grandi! » Et si nous revoyons, après n quart de siècle, un camarade de jadis, noi pensons : « Gomme il a changé ! comme il vieilli I »
J'ai ressenti, eu revenant, après un assc long intervalle, dans certaines villes d'Europ( cette même surprise. Une surprise émei veillée. Je la ressens, ici encore, cette fo encore, d'une manière aiguë.
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Ah ! comme elle me paraît, ce matin, stu-
)ide et vaine, plus que jamais vaine et stupide,
ette chimère que l'homme caressa longtemps,
ej|ue d'aucuns s'obstinent à caresser, d'émigrer,
lei iprcs la mort, vers un monde extra-terrestre,
^ers quelque « séjour des bienheureux » ! lej La Terre 1 Tenons-nous-en à cette terre ! ^^ Vi l'homme doit conquérir l'immortalité, si ^ es morts doivent ressusciter un jour, c'est oijci-bas ! La terre est faite pour l'homme et 'homme pour la terre 1 L'homme transforme a terre et elle le transforme I Son avenir^ îomme son passé, est là, pas ailleurs 1
C'est la terre, notre terre qui doit devenir e séjour des bienheureux. Elle le deviendra juand l'homme aura su vaincre la misère, la laine, la maladie et la mort. Alors il ne sonî^era plus à la quitter, ou ne la quittera que si a curiosité ou le besoin l'y pousse, pour îmigrer vers une autre planète, une Nouvelle Ferre, comme jadis vers le Nouveau Monde.
Et, si la lassitude de vivre le prend, comme nous prend, chaque soir, la lassitude, au liei] d'aspirer au repos éternel ou à quelque métempsycose, il s'endormira... pour ceni ans ou pour mille ans. Ce laps révolu, il s'éveillera, dispos, prêt à recommencer une nouvelle existence, ravi de se sentir dépaysé sur un monde qui, dans l'intervalle, aura évolué jusqu'à en être méconnaissable.
Oui, la terre sera alors le séjour des bienheureux! Qui pensera encore au Royaume Céleste?
Mais nous?... Nous, les hommes d'aujourd'hui,d'hier etde demain ! Nous, les ancêtres ! . . . Nous, les prophètes et les précurseurs de cette immortelle Surhumanité, serons-nous perdus sans retour?... Penseront-ils à nous, ces hommes d'après-demain, ces bienheureux?... Seront-ils des fils ingrats?... Voudront^ils, pourront-ils faire quelque chose pour nous?... Pour nous, les innombrables
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norts des époques douloureuses?... Pour les neilleurs d'entre nous ?