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VERS LES MERS LOINTAINES

Les sages, ceux qu'on appelle les sages, les vertueux, ceux qu'on appelle les vertueux, entendez-vous leurs cris de détresse ? « Où allons-nous? disent-ils. Toute religion s'en va. Et tout respect. Les vieux principes s'en vont. La jeunesse ne croit plus à rien. La tradition, l^ elle s'en moque. C'est l'anarchie. Gomment cela fînira-t-il? » Et ils vous plaignent sincèrement, naïvement, à moins qu'ils ne vous haïssent, vous autres qui, en effet, ne croyez plus, qui cherchez, à tâtons, une nouvelle foi. Et ils vous disent : « Faites comme nous. Venez nous rejoindre. Restez où nous sommes. On y est si tranquille I »

Tranquille!... Oui, il se peut qu'on jouisse

d'une paix profonde, quand on croit encore aux choses auxquelles vous avez cru, auxquelles vous ne pouvez plus croire. 1

Oui, le port est un asile sûr pour le navigateur timide ou pour le navigateur fatigué.

Mais vous étiez, vous, las du port et des eaux calmes. Vous avez cinglé vers les mers lointaines, en quête de quelque continent nouveau, et vous êtes écrié: « Plutôt affronter la tempête, plutôt risquer le naufrage, que de laisser le varech — et Thuître — se tixer sur nos carènes ! »

Or, parmi vous, qui partez ainsi, à l'aventure, il en est qui ne feront point naufrage. Et quand ils reviendront au port, le cerveau plein d'images merveilleuses et leurs nefs pleines de précieux métaux, ceux qui avaient haussé les épaules en les voyant s'embarquer seront les premiers à accourir, à les saluer avec des cris de joie, à les fêter, à se délecter au récit de leurs aventures, à se disputer

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une part d'un butin qu'ils n'auront point conquis.

Etre de ceux qui partent sans savoir où ils vont, sans but..., mais les voiles gonflées de vent, le cœur gonflé d'espoir!...

Etre de ceux qui n'hésitent pas à jouer le rôle de cobayes dans l'intérêt de l'humanité future, qui ne craignent pas de se prendre eux-mêmes pour sujets des expériences les plus hasardeuses, d'essayer sur leur propre corps et leur propre esprit de problématiques, de plus hautes méthodes de vivre, de chercher à développer en eux les embryons d'organes nouveaux, les prodromes de fonctions nouvelles, dussent-ils y perdre leur santé ou leur paix, y compromettre irrémédiablement leur bonheur, ce que d'autres, moins ambitieux, appellent le bonheur !

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