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EN LISANT GOBINEAU

En lisant les PléiadeSy ce curieux roman à la Stendhal du comte de Gobineau, j y ai relevé une contradiction.

L'un des personnages du roman dit quelque part: « Pour aimer, il faut avoir souffert; pour être grand aussi, il faut avoir souffert; la faculté de souffrir beaucoup est la plus merveilleuse couronne de ceux qui occupent le premie^r rang parmi le& humaine. »

Un autre personnage dit ailleurs: « On n est pas grand, on ne le devient pas, quelque effort qu'on y fasse, quand on n'est pas heureux. Être heureux, c'est une vertu et une des plus puissantes, et Cornélius Sylla avait tout à fait raison et parlait comme un maître quand, se vantant d'être heureux autant que prudent, sagace et hardi, il inscrivait parmi ses titres cette qualification: « Félix. » Le bonheur donne à l'àme l'équilibre ; cette énergie manque là où il n'existe pas. 11 comble le plus béant, le plus épouvantable de tous les gouffres, et ajoute à la puissance cette saveur vitale qui seule porte l'âme à agir. Faute de bonheur, l'inquiétude, le doute sont cramponnés sur leur esclave et lui ôtent, avec sa force, le désir même de se grandir. »

Si je rapproche ces propositions, en apparence inconciliables, ce n'est point pour en faire grief à l'auteur. D'abord, loin de les formuler en son nom, il les attribue à deux per-

îonnages distincts. En second lieu et surtout, i ne faut voir là autre chose que la constataion, probablement voulue, d'un problème mgoissant, dont la solution ne peut jamais ître, semble-t-il, que provisoire et précaire, variable non seulement selon les individus, nais selon les heures. Et, vraiment, Gobileau eut pu tout aussi bien mettre, à [uelques jours d'intervalle, cette double aflfiroation dans la bouche d'un seul et même peronnage, sans pécher pour cela contre la Dgique et la vraisemblance. Cette antinomie st en effet le miroir où l'humanité, où chaun de nous voit se refléter Timage de sa ropre, de sa douloureuse incertitude. Notre me est ballottée entre Tappétit du bonheur 'une part et, d'autre part, l'espèce d'intuition éconfortante qui nous échoit, d'exaltation lystique qui s'empare de nous au sein des lus grands malheurs : l'intuition que la soufpance possède une vertu supérieure, nous en

révèle plus long sur noire destinée véritabl qu'une félicité ininterrompue. N'est-ce 1 qu'une illusion trompeuse ? Le bien qu'on d de la souffrance n'est-il qu'un artifice propi à se consoler soi-même ou à consok autrui ?

A tout le moins la question se pose-t-el et est-il permis de se demander : qui ju^ sainement la vie ? Quel est le plus clai voyant ? L'individu heureux et bien poi tant ? Ou celui qui souffre, dans son corj et dans son âme ? Qui a raison, de Pai Bourget déclarant : « Le malheur démonti l'idée fausse, comme la maladie la mauvaii hygiène », ou de Dostoïewski affirmant « Celui à qui il a été donné de souffrir davai tage, c'est qu'il est digne de souffrir davai tage » ? Quand convient-il que nous noi réjouissions? Quand tous nos désirs se voie] satisfaits, ou quand l'infortune nous frappe coups redoublés ?. . . Certes, la fin dernière (

tu

rhomme ne saurait être la douleur. Je dis : la un dernière. Mais ici-bas..., ici-bas?

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