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ÉLOGE DE LA BRIEVETE

On donne souvent, dans les examens, des pensées à développer : une maxime de Ghamfort, par exemple. Imaginez un développement de ce genre, rédigé, non plus par un élève, mais par un des examinateurs : quel que soit le talent de celui-ci, on peut admettre, n'est-il pas vrai, que Chamfort, s'il lui eût plu de se livrer lui-même à cet exercice, s'en fût tiré tout aussi bien. Pourquoi donc ne Fa-t-il point fait ? Pourquoi s'en est-il tenu à une phrase ou à quelques lignes? Sans doute il aura compris d'instinct qu'une

pensée devenue dissertation ressemble à ces fleuves qui, arrivant en plaine, s'y étalent à leur guise. Ce qu'ils gagnent en étendue, ils le perdent en profondeur. Telle rivière, qui portait barque ou navire, cesse d'être navigable en approchant de l'embouchure. On peut, de même, dire en vingt mots tout autant parfois qu'en vingt lignes ou vingt pages ; et on le dit d'une façon plus frappante, plus suggestive. Que de livres font songer à des amplifications scolaires ! Ils ont beau contenir d'excellentes choses, on a l'impression que, réduits au dixième, ils n'eussent pas été moins instructifs.

L'homme qui a peu d'idées les développe avec complaisance. Il les tourne et retourne sous toutes leurs faces. Il les mâche et remâche de façon à les rendre assimilables immédiatement à tous. Il joue à l'égard des estomacs faibles et des bouches édentées le rôle de masticateur.

Celui qui a beaucoup d'idées ne saurait s'attarder longtemps sur chacune d'elles. Il les jette au vent, comme on jetterait des noix, en disant : « Ramassez ! » Si la noix est trop dure pour qui la ramasse, qu'il aiguise ses dents d'abord. Et, s'il n'en a pas, tant pis pour lui : qu'il cherche ailleurs sa nourriture !

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