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EXTENSION DU PRESENT

Les animaux ne connaissent de la vie que le moment présent. Les sauvages, les simples vivent surtout au jour le jour, ne se souviennent et ne prévoient que par nécessité ou par aventure ; chez eux, l'imagination rétrospective aussi bien que l'imagination anticipatrice, mais principalement celle-ci, ne s'exerce que sur un espace de temps assez court, et de façon accessoire, intermittente, fragmentaire.

Plus l'homme se civilise et s'affine, plus le passé et l'avenir jouent un rôle important

dans sa vie ; sa mémoire se précise et se fortifie, son sens des éventualités et probabilités s'élargit et s'aiguise ; il fait constamment appel à la première, il nourrit, d'autre part, des desseins à longue portée, se livre à des calculs à lointaine échéance ; ses souvenirs et ses espoirs, ses expériences et ses conjectures se joignent de plus en plus étroitement dans sa pensée ; il acquiert une conscience progressive de la suite et de l'enchaînement des événements déjà écoulés et de ceux qui en découleront : il apprend à les coordonner de mieux en mieux, à en élaborer une sorte de tableau d'ensemble, qu'il consulte à toute minute, qu'il a, en quelque sorte, sans cesse présent devant les yeux ; autrement dit, le passé et le futur tendent peu à peu à perdre, pour lui, le caractère de choses passées et futures pour prendre l'aspect de choses présentes... Et plus l'homme continuera à s'élever, plus il en sera ainsi. Pour le Surhomme, passé, présent

et futur se confondront davantage encore, à

un point dont nous pouvons malaisément,

dans rétat actuel de notre cerveau^ nous faire

une idée. Et l'on conçoit, enfin, d'après ce

qui précède, que pour un Dieu, pour l'Etre par

excellence, il n'y aurait plus en effets comme

l'enseigne la théologie, ni passé ni présent ni futur : tout lui apparaîtrait sub specie

œternitatis.

C'est un phénomène bien connu que, plus on avance en âge, plus le temps semble passer vite, plus les journées semblent courtes. Ce phénomène s'explique aisément par ce qui vient d'être dit, par le fait qu'avec 1 âge la conscience s'accroît, embrasse un champ toujours plus vaste, tend à rapprocher en une sensation unique Hier, Aujourd'hui et Demain.

l'homme DESTRUCTURE DE LA TERRE

On peut concevoir de plusieurs manières la fin du monde, j'entends : de la terre et des êtres qui l'habitent. Outre les causes de destruction, lente ou subite, envisagées jusqu'ici par les savants, il en est une encore à laquelle on ne songe pas assez : cette cause, c'est nousmêmes... Oui, nous sommes peut-être pour la terre ce que le microbe est pour nous : un germe de maladie et de mort, le parasite qui finira par dévorer son hôte. Quand, pour satisfaire nos insatiables convoitises et nos besoins toujours plus nombreux, nous aurons trouvé le moyen d'accélérer la dissociation de la matière (de ce qu'on appelle la matière) et d'utiliser les forces colossales ainsi libérées, alors, sans cataclysme, sans violence, mais avec une rapidité croissante, notre monde retournera à i'éther, c'est-à-dire, à l'état le

plus subtil, le moins matériel que la physique se représente actuellement. Ou bien, ainsi qu'un chimiste, au cours d'une expérience, peut être victime d'une explosion qui réduise en miettes son laboratoire et l'édifice tout entier: de même l'humanité, prise dans son ensemble, n'est pas à Tabri d'un pareil accident ; elle risque de payer aussi cher sa curiosité, son audace ; en jouant avec tant de forces mal connues, en cherchant à se les asservir, ne s'expose-t-elle point à faire sauter l'astre qui la porte ?... Bref,il y a lieu de se demander si l'homme n'est pas destiné à devenir quelque jour, de l'une ou l'autre façon, l'agent involontaire d'une désagrégation, d'une disparition prématurée de la planète.

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