‹ En marge des vieux livresChapitre 2 sur 10 · L'ÉCOLE DES ROIS 1S · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DES ROIS 1S

Les rois acceptèrent l'invitation. Marie leur servit du pain, un fromage et des figues ; Balthazar fut chercher du vin qu'il avait dans ses bagages ; et tous mangèrent avec appétit.

Vers la fin du repas, le charpentier Joseph, un peu échauffé par quelques gouttes de vin, dit aux trois rois :

— Ce qui se passe ici n'est-il pas admirable ? Ce petit enfant est le Messie annoncé par les prophètes ; il est donc plus puissant que tous les rois ; et pourtant, vous le voyez, il est né dans une étable, et il repose dans une mangeoire, sur de la paille. Vous êtes rois tous les trois ; et, cependant, vous venez de manger, à la même table que nous, le laitage, le pain et les fruits que nous ont apportés les bergers ; et ce sont des pauvres qui vous ont nourris.

Les rois s'attendrissaient ; ils se sentaient un bon cœur. L'Enfant, ayant tété, dormait. Le bœuf ruminait ; l'âne venait prendre des bouchées de pain dans la main du roi Mel-

chior. Marie souriait. Il faisait bon et chaud dans l'étable.

Le charpentier reprit, les pommettes rouges et les yeux brillants :

— Tous les hommes sont frères ; tous les hommes sont égaux, étant tous fils de Dieu, riches ou pauvres, rois ou artisans. Voilà ce que l'Enfant est venu révéler. Et bientôt il n'y aura plus de pauvres ni de riches, d'esclaves ni de tyrans. Jésus établira le royaume de la justice, la cité où nous serons tous heureux, puisque nous nous aimerons tous.

Marie interrompit timidement :

— Cela est très beau, et nous y devons travailler. Mais le verrons-nous jamais ? Je crois bien, mon ami, que le royaume de Jésus n'est pas de ce monde.

Mais, sans l'entendre, le charpentier continua de prophétiser l'avènement de la fraternité et de l'amour.

Le roi Balthazar l'écontait curieusement ; le roi Melchior laissa échapper quelques lar-

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mes, el Gaspard, le roi nègre, éclata en sanglots...

Quand le roi nègre fut rentré dans son royaume, il assembla son peuple devant sa case et dit en pleurant :

— Je vous apporte une grande nouvelle.

Nous sommes tous frères; nous sommes tous égaux ; je ne suis plus roi ; vous êtes libres. Mes frères, aimons-nous !

Les nègres furent quelque temps sans pouvoir comprendre. Mais, quand ils crurent avoir compris, ils saccagèrent la case du roi et celles des principaux chefs, burent toute leur provision de liqueurs fortes et s'emparèrent de leurs femmes.

El le roi Gaspard disait, toujours pleurant de tendresse :

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— Soyez heureux, pauvres enfants 1

Mais il y eut des rixes sanglantes entre les pillards ; puis, comme personne ne cultivait plus les champs, ce fut bientôt la famine.

Alors un nègre énergique, du nom de Gléglé, groupa autour de lui les nègres les plus vigoureux, qui le nommèrent leur roi.

Gléglé fit couper les têtes des anciens chefs, jeta Gaspard dans un cul de basse-fosse, se ravitailla par quelques expéditions heureuses contre les tribus voisines et rétablit l'ordre dans le royaume noir.

Mais il se forma un parti de mécontents qui délivrèrent Gaspard et le prièrent de les commander.

Le bon roi avait réfléchi dans son cachot. Il marcha contre Gléglé, le battit, le fit décapiter, le mangea, massacra tous ses partisans jusqu'au dernier, et, à son tour, rétablit l'ordre, pour quelques années cette fois.

Et il garda un mauvais souvenir de son voyage à Bethléem.

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