L'ÉCOLE DES ROIS IM
En retournant dans ses Etats, le roi Melchior se dit ;
— Si tous les hommes sont égaux, de quel droit suis-je souverain ? Au moins ne saurais^ je l'être que par le consentement de tous mes sujets. Ou plutôt, ils ne peuvent être gouvernés que par eux-mêmes, ou par des représentants qu'ils auront élus.
Il pria donc ses sujets d'élire une Assemblée.
La plupart d'entre eux n'y avaient jamais songé. Ils ne se souciaient que de manger à leur faim et de payer le moins possible d'impôts. Ce ne fut donc qu'une petite partie du peuple qui nomma ses représentants; et elle choisit ceux qui mentaient le mieux et lui faisaient les plus belles promesses ; si bien que l'Assemblée se trouva composée
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d'hommes turbulents, chimériques et avi- i des.
Ces hommes se mirent à parler infatiga- blement de liberté, d'égalité, de fraternité, de j justice, d'humanité, de progrès, de civilisa- ] tion. Et ils entreprirent le bonheur du \ peuple. ■
Ils supprimèrent toutes les anciennes as- ; sociations, civiles ou religieuses, où les gens trouvaient un abri et une défense. Ils condamnèrent à la prison, à l'exil ou à la 1 mort tous ceux qui leur paraissaient suspects j d'attachement à l'ordre ancien. Et tout le ^ pays fut en proie aux représentants des pires i et à leur clientèle ; et les injustices particu- 1 lières furent plus nombreuses, la souffrance 1 plus grande, la tyi-annie plus forte qu'aupa- I ravant. ^
Et, comme le candide Melchior commen- i çait à exprimer des doutes sur la bonté de '; leur œuvre, ils le déclarèrent déchu et lui l firent trancher la tête.
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En chevauchant vers sa capitale, le roi Balthazar songeait :
(I Qu'un Dieu soit venu souffrir et mourir pour les hommes, cela prouve évidemment leur méchanceté, que je connaissais déjà. Ils ne s aiment guère entre eux ; ils sont fort inégaux par la force et par l'intelligence ; beaucoup sont ignorants et stupides. Je maintiendrai donc mon autorité, non seulement parce qu'elle m'est agréable, mais dans l'intérêt même de mes sujets. Et je travaillerai à faire la patrie puissante, pour qu'ils en profitent et s'en glorifient. Si l'ordre public et la prospérité de la patrie ne préviennent pas toutes les injustices et toutes leu souffrances, ils en diminuent certainement le nombre.
« Mais, d'autre part, je rapporte de mon voyage un sentiment nouveau, un cœur plus
compatissant. Cette idée, que nous sommes tous rachetés par le même Dieu et que par là nous sommes égaux en quelque manière, rabattra mon orgueil et m'engagera à gouverner avec douceur, autant que les intérêts de tous le permettront. Et je répandrai parmi mes sujets cette autre idée que la justice parfaite doit régner dans une autre vie et que c'est là qu'ils doivent l'attendre. Je leur ferai enseigner cette doctrine, non certes pour les tromper et pour me dispenser de leur faire du bien, mais pour les aider à supporter les maux inévitables. »
Donc, Balthazar fut un despote appliqué, consciencieux, cordial et fin. Il accorda à ses sujets non la liberté, qui n'est qu'un mot, mais des libertés innombrables...
Un jour (c'était trente-cinq ans environ