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LE HURON AD CONGRÈS DE VERSAILLES

sion, d'un goût délicat, aux avantages de Tentente cordiale.

L'Ingénu poursuivit :

« En répondant à l'appel du docteur R..., j'étais anxieux de voir comment vous pratiquez la liberté. J'avoue que je nourrissais quelques préjugés à votre endroit. En outre, il m'était douloureux de me retrouver dans ce parc où j'ai erré tristement, avant que le perfide Saint-Pouange osât rendre à la tendre Saint- Yves ma liberté au prix de sa pudeur. Les jeunes commis employés par vos ministres, s'ils sont nombreux, m'ont paru incapables de suborner les marraines des honnêtes gens. Quant aux jardins du roi Louis quatorzième, toujours somptueux, je les ai trouvés embellis et mieux pourvus d'ombrages ; il me plaît que l'éclat des marbres et la splendeur des ors aient reçu la caresse du temps.

« Pour ce qui est des opérations du Congrès luimême, je déclare qu'elles m'ont paru admirables de tous points. Tout enfant, j'assistai plusieurs fois, en Huronie, à l'élection d'un Sachem. Je ne puis comparer votre Assemblée qu'à une de ces réunions majestueuses sur lesquelles planait le Grand-Esprit.

« Des gens, que je soupçonne d'accointance avec une congrégation fameuse, m'avaient prédit qu'une transmission de pouvoirs ne pouvait se passer chez vous sans tumulte et que j'allais assister à une scène des Petites-Maisons. Qu'ai-je vu, au contraire.»* Des hommes de tout âge, pleins de réserve et de gravité, qui déposaient, avec le plus grand calme, des carrés

de papier dans des vases, d'ailleurs de forme disgracieuse. Tous s'appliquaient à dissimuler sous les dehors les plus courtois les passions dont ils étaient agités. Après la proclamation de l'élu, j'ai remarqué quelques-uns de ces mêmes hommes qui s'entretenaient avec affabilité, en dégustant des breuvages de paix.

« Il m'a été expliqué que deux d'entre eux, qui choquaient leurs verres avec grâce, appartenaient à deux partis irréconciliables et qu'ils venaient de voter dans des sens contraires. J'en ai conclu que vous étiez désormais non plus une cohue de Welches tapageurs, mais une nation libre, sage et prospère. Milord Bolingbroke lui-même, s'il plaisait à M. le docteur de l'évoquer, n'aurait rien à vous apprendre sur l'harmonie préétablie et sur l'usage qu'il faut faire de la raison.

« Tout au plus éprouvai-je un certain embarras quand on daigna m'exposer ceci : que l'un des deux concurrents en présence, s'étant illustré dans les compagnies par la modération de son humeur, recueillait par cela même les suffrages des personnes d'allure impatiente, — tandis que son rival possédait la confiance du camp dit conservateur, pour l'avoir épouvanté naguère par la hardiesse de ses programmes. Mais vous fûtes toujours une race captieuse dont les doctrines se comprennent moins clairement que la conduite.

« Je me résume, si j'ose parler comme Messieurs du Parlement. Vous vous rappelez peut-être qu'en

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