LE HURON AU CONGRÈS DE VERSAILLES
quelques semaines de causerie sous les voûtes de la Bastille, mon docte et vénérable ami Gordon fit de moi un janséniste accompli. Un seul jour passé dans le Versailles d'aujourd'hui m'a rendu républicain pour le reste de mon immortalité. »
Là-dessus, l'Ingénu se tut et vida un verre d'eau des Barbades.
Tous les convives émirent le vœu qu'il prolongeât parmi nous son séjour.
« Cela, s'écria-t-il, dépend beaucoup moins de moi que de M. le docteur et de son médium. Je souhaite qu'il leur agrée de laisser quelques heures encore mon esprit matérialisé. Je me réjouis d'avoir connu que le peuple le plus gentil du monde excellait dans les manœuvres de la politique. Je tiens à m'assurer encore qu'il n'a rien perdu de son aptitude aux arts de la guerre. Je voudrais ne vous quitter qu'après avoir obtenu du successeur de « Mons de Louvois » la permission de visiter vos camps retranchés. Car l'exercice à la prussienne, habilement exécuté et fréquemment par les Français, me paraît éminemment propre à assurer sur toute la terre le règne de la philosophie. »
Ayant ainsi parlé, le Huron baisa la main des dames avec une volupté pleine de réserve, et s'en fut au lit pour rêver de l'Assemblée nationale et de Mlle de Saint- Yves.