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AU NOM DES SINGES

Les gens de maison s'agitent et le dieu des syndicats les mène. Yont-ils exiger qu'on leur rende le titre de « citoyens officieux » et le tutoiement révolutionnaire? Le 19 juin 1790, un Constituant, M. de Noailles, proposa de ne plus reconnaître d'autres distinctions que celles des vertus. Il ajouta : « Je supplierai aussi l'Assemblée d'arrêter ses regards sur une classe de citoyens jusqu'à présent avilie et je demanderai qu'à l'avenir on ne porte plus de livrée. » Cette motion fut votée d'enthousiasme. Certains anecdotiers réactionnaires prétendent que le soir même le comte de Mirabeau rossa son valet de chambre, mais le fait n'est rien moins que prouvé. Les laquais, palefreniers, marmitons, domestiques de toute espèce, désormais promus « officieux » ou « hommes de confiance », se distinguèrent, pendant la période révolutionnaire, par un civisme exalté. Ils furent admis, plus ou moins légalement, à prendre part aux élections ; ils se prodiguèrent dans les clubs; ils pétitionnèrent auprès de la Convention.

Quelques-uns, emportés par leur zèle, crurent même devoir signaler leurs anciens maîtres à la vigilance de Fouquier-Tinville.

C'étaient des idéalistes. Faut-il croire que le niveau des âmes s'est abaissé ? Tout indique que les deux cent mille citoyens ou citoyennes qui exercent à Paris la profession « d'hommes de confiance » ou de femmes du même nom, ne se placent plus au même point de vue que M. de Noailles. Leurs revendications sont d'ordre temporel. Leurs ancêtres se passionnaient pour qu'il n'existât plus entre les hommes d'autres distinctions que celles des vertus : nos officieux syndiqués se contenteraient du repos hebdomadaire. Va pour le repos hebdomadaire ! Nous en serons quittes pour fêter le dimanche soir au restaurant; ce n'est qu'une habitude à prendre. Mais la vertu? Que devient-elle dans tout cela? Est-ce que par hasard les gens de maison songeraient à y renoncer?

Avant, bien avant que la grande Constituante ne les gratifiât de l'égalité, on avait remarqué dans leur corporation certains défauts qui tenaient sans doute à la barbarie des employeurs. L'excellente Christine de Plsan, dans son Trésor de la cité des Dames, insinue que les cuisinières du xv* siècle usaient de subterfuges pour tromper les ménagères sur le prix des denrées. Gomme Christine, en sa qualité de poétesse, aimait les métaphores, elle appelle cela « battre le cabas ». Elle précise : « Qui est à entendre et faire accroire que la chose couste plus cher

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