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UNE MÈCHE DE CHEVEUX 22S

Dans cette aventure napolitaine, où il y eut, plus qu'en aucun temps de l'histoire et en aucun lieu du monde, « du sang, de la volupté et de la mort », deux figures de soldat dominent tout le drame. Nelson fut un prodigieux amiral. Il y eut un grand homme, Ghampionnet. C'est le Français qui l'emporte par la vertu.

De la vertu, Nelson n'en manquait point. Il était brave, comme un Murât des flots, le frère de ses marins, austère, chaste, loyal et humain. Quand il entra dans la baie de Naples, après Aboukir, au son des barcaroUes et sous une pluie de roses, il avait encore une âme de Plutarque. Antoine, lui aussi, n'était qu'un soldat sans perversité, quand il aperçut sur le Cydnus la barque pavoisée qui conduisait la reine lagide à sa rencontre. Emma Liona, devenue la femme de lord Hamilton, avait des lettres, ayant connu des écrivains et des poètes dans l'atelier de Romney. Très jeune, elle avait étudié, principalement au point de vue plastique, le personnage de Cléopâtre, alors qu'elle posait les grandes nudités de l'histoire dans le musée secret du docteur Graham. Nelson était moins préparé qu'Antoine à un abordage de cette nature. Borgne, estropié, hideux, ce gnome sublime fut asservi par un regard. Le soir de son triomphe, il écrivait à sa femme : « Milady s'élance et tombe inanimée devant moi. Je la crus morte. Ses larmes heureusement se firent un passage et elle parut aussitôt soulagée. » Il ajoute, en bon mari : « J'espère avoir le plaisir de vous pré-

senter lady Hamilton. C'est une des meilleures femmes de la terre. Elle fait vraiment honneur à son sexe. »

Quant à lui, il cessa dès lors de faire honneur au sien. Les Français arrivèrent avec Championnet. Nelson prit à son bord toute la séquelle royale, le bouffon de roi, la monstrueuse reine, Emma Liona et son grotesque époux ; il conduisit en Sicile cette cargaison de fantoches et de scélérats. Cependant le héros français, modéré, intrépide, habile, se montrait plus grand encore dans le pardon que dans le combat. Il sut avoir saint Janvier pour lui. Le soir même de la prise de Naples, tandis que le sang fumait dans les rues, Championnet s'en fut à San-Carlo applaudir un opéra de Cimarose ; les femmes lui jetaient des fleurs. Il présida pendanttrente jours à un rêve de fraternité et de justice. Il abdiqua pour avoir refusé, en pressurant les peuples, de déshonorer la Révolution.

Le retour des Bourbons fut ignominieux. Rien n'égale l'horreur des lâches Vêpres napolitaines de l'an VII. Le cardinal Ruffo lui-même, le bandit en soutane, avait promis la vie sauve aux jacobins qui s'étaient rendus sur parole. L'amiral anglais trahit la foi jurée. C'était l'ordre de lady Hamilton. Pour lui complaire, Nelson se fit parjure et bourreau. Caracciolo, un vétéran des guerres navales, fut pendu comme un pirate au mât de sa frégate la Minerva. Emma présidait à la fête, ayant à ses pieds le vainqueur d'Aboukir changé en bête. Elle reçut, le soir,

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