‹ En marge du TempsChapitre 48 sur 59 · LA VILLA ALBANI · texte numérisé non relu

LA VILLA ALBANI

muses de grandeur naturelle. Raphaël n'a rien produit qui puisse y être comparé, et l'on peut dire que ce peintre n'a pas donné à ses ouvrages tout le fini que Mengs donne aux siens. »

Lire la correspondance de Winckelmann, c'est se convaincre que peut-être il « s'y connaissait moins » en objets d'art que le dernier de nos commissairespriseurs. Cette découverte dispose d'abord à l'orgueil et vous replonge aussitôt après dans l'humilité. Winckelmann cite souvent cette parole d'Homère : « Les dieux ne distribuent à l'homme qu'une dose de raison pour chaque jour. » Il en est de même des générations. Celle du créateur de l'archéologie usa, à sa manière, de la dose de raison qui lui était départie. Sans le zèle qu'elle mit à se tromper, nous ne serions pas devenus infaillibles. Nous sommes arrivés à la vérité par les chemins qui conduisaient ces braves gens à l'erreur et en mettant nos pieds dans l'empreinte de leurs pas.

Elles sont visibles encore, ces traces vénérables, sur le sable de la villa Albani. Les promeneurs qui conversaient dans ce beau lieu, fils d'une race disparue qui croyait aux principes, tinrent souvent des propos périssables. Pour des raisons qui ne sont plus les nôtres, ils ont créé dans la vie moderne la religion de la beauté. Leurs préférences sont mortes, leur enthousiasme n'a pas une ride. C'étaient de grands types d'intelligence, ces prélats lettrés et ces pèlerins venus d'Allemagne à la recherche d'un idéal oublié. Dans son langage, toujours un peu brandebourgeois

248 EN MARGE DUÎTEMPS

et qui sent encore le maître d'école, Winckelmann a dit de ses amis « qu'ils avaient des âmes dignes de leur divin prototype ». On peut sourire de la formule. N'empêche qu'elles sont toujours et plus que jamais chez elles, dans la mélancohque villa du cardinal, ces doctes âmes naïves d'autrefois...

Page 1