XV - Lamoureux - Histoire des débuts
Vers l'année 1675, M.M. Joseph Lamoureux, François Lamoureux, Baptiste Beaupré et James Reid vinrent s'établir sur la rive nord de la rivière Saskatchewan, vis-à-vis du village actuel de Fort Saskatchewan en face du site choisi au sud, un peu plus tard par la Police montée et surnommé "Les Baraques".
* M. Joseph Lamoureux enchanté du pays et prévoyant l'avenir retourna immédiatement dans la province de Québec. dans le but de décider sa famille à le suivre dans le nord-ouest Canadien.
11 amena également avec lui plusieurs de ses frères, Amable et Moïse Lamoureux.
La ligne du chemin de fer C.P.R. n'allait pas au delà de Winnipeg: ils furent donc obligés de faire le reste du chemin en charrette à boeufs. C'était un voyage long et pénible. Mais n'écoutant que leur courage et leur foi en l'avenir, ils ne se laissèrent pas effrayer par ces difficultés. Ce qu'ils appréhendaient le plus, était de ne pas savoir comment ils pourraient dans ces pays neufs, trouver les consolations de notre sainte religion, eux qui avaient grandi à l'ombre du clocher de leur village, dans la bonne province de Québec
Lorsque le vénéré Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert,eut connaissance de leur arrivée, il fut fort touché de leur courageuse détermination et résolut en conséquence de leur venir en aide, en leur promettant surtout un service religieux aussi régulier que possible,
De Saint-Albert situé à 22 milles de la petite colonie, les Pères Oblats entreprirent de visiter à tour de rôle ces vaillants défricheurs.
Par les registres de la paroisse, nous pouvons constater que presque tous les Pères de Saint-Albert défilèrent à Lamoureux, Voici: le P. Végreville qui le premier ouvrit les registres paroissiaux en 1677. Puis viennent ensuite les Pères Brunet, Mérer, Blanchet, Rémes, Blais, Grandin, Thérien,etc. Tous ces bons Pères trouvaient une cordiale hospitalité chez M. Joseph Lamoureux. à
La première chapelle commencée en 1677 par le P. Blanchet fut terminée par M. Jos. Lamoureux qui se Charges aussi de bêtir une petite maison pour les missionnaires, Les choses restèrent en cet état jusqu'à l'arrivée du preaier curé résidant en 1891.
M. l'Abbé Ernest Dorais vint accompagné de ses parents, ce qui rendit nécessaire l'agrandissement du petit presbytère. En attendant, la famille Dorais alla habiter chez M. Charles Paradis. Sa maison était assez grande et son hospitalité cordiale et généreuse. La mission comptait alors
22 familles.
M. l'Abbé Dorais s'empressa d'aller prendre les ordres et les conseils de son évêque à Saint-Albert. Pendant son court séjour à l'évêché, 11 rencontra une Dame qui apprenant le but de son voyage lui dit sans détour: "Vous allez aux Baraques? De tous les Pères qui ont passé là, pas un n'est resté plus d'un an. Comme vous êtes jeune, je vous donne deux ans au plus! Ce n'était guère encourageant en vérité...Mais se souvenant du proverbe: Personne n'est prophète dans son pays, M. Dorais retourne à son poste et entreprend son labeur avec courage et persévérance. Ce fut le premier curé résidant et il exerga son ministère pendant 17 ans, jusqu'au jour où la mort vint le ravir à l'affection de ses paroissiens.
L'église du P. Blanchet avait rendu grand service durant ‘les premières années, mais elle était devenue trop petite pour la population catholique qui avait augmenté de façon remarquable. D'ailleurs cette construction bâtie sans fondation solide, était pourrie et menaçait de s'effondrer. M. Dorais résolut d'édifier un temple digne de l'hôte divin et de ses serviteurs.
Avec l'aide des Dames de Sainte-Anne, il organisa un bazar qui fut couronné de succès, puisqu'il rapporta 600 dollars. Puis, presque immédiatement une souscription lancée dans la paroisse, atteignit la somme de 600 dollars également. Avec ces 1200 dollars on pouvait aller de l'avant.
Dans le but d'économiser de l'argent, on crut sage de fabriquer de la brique en employant la terre glaise trouvée à proximité sur le terrain de la mission. Mais hélas! ce fut un fiasco complet, car la terre glaise ne possédait pas les qualités requises.
Cette déconvenue était de nature à décourager les plus entreprenants, et l'on resta pendant quelque temps sans rien oser entreprendre. Toutefois on ne pouvait pas rester plus longtemps sans une autre église. C'est pourquoi un nouveau comité fut formé sous la présidence de M. le Curé Dorais. 11 fut résolu de tenter un autre bazar, et sous l'enthousiasme du moment, une somme de 775 dollars est recueillie aeins de quinze heures, grâce au concours de deux candidates, deux dames de 13 paroisse.
Devant ce résultat magnifique, l'hésitation n'est plus permise. Sans plus tarder, M. Dorais se met en communication avec M. Vennes, un architecte de Montréal qui prépare un plan pour une église de 40 x 60, plus un sanctuaire et une sacristie de 12 x 18. Le travail de construction est exécuté par M. Millette, un contracteur de Fort Saskatchewan, la pierre angulaire est bénie le 10 août 1902 par Mgr Emile Legal. Puis en 1903, le 15 février, solenité de la fête de l'Apparition de la Sainte Vierge à Lourdes, fête patronale de la paroisse, Mgr Legal revient de nouveau pour bénir l'église terminée et l'ouvrir au culte divin. Cet édifice se distingue par ses proportions assez vastes et son élégance, qui tranchent sur les dimensions et l'apparence de l'ancienne chapelle. Il reste sans doute à finir l'intérieur, mais pour l'instant ce qui importe Le plus. c'est de donner asile à tous les paroissiens.
La detie de 1000 dollars qui demeure est comblée momentanément par un emprunt consenti par un oncle de M. l'abbé Dorais. D'ailleurs les revenus de la paroisse augmentent avec le nombre croissant des familles et il sera possible de payer entièrement la dette et se libérer de toute hypothèque.
Avant de continuer notre récit, il est sans doute opportun de rappeler comment l'église de Lamoureux reçut le nom de Notre-Dane-de- Lourdes. Nous devons ce détail intéressant, au Rév. P. Lestanc, o.m.i
qui rapporte ce qui suit: Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert, souffrait depuis longtemps d'un mal d'oreilles très violent qui ne lui laissait aucun repos. Un soir surtout, la douleur devint presque insupportable, si bien que le vénéré Prélat fit le voeu de donner le titre de Notre-Danede Lourdes, à la première paroisse devant être fondée, si sa bonne Mère du Ciel lui obtenait un soulagement à ses souffrances. Presque aussitôt une amélioration se produisit et en se levant le matin suivant, le saint évêque se trouva entièrement guéri. Quelque temps après, naissait la mission de Lamoureux et Notre-Dame-de-Lourdes fut proclamée la patronne de la nouvelle paroisse.
XVI - Projets future - Voyage de M. l'abbé Dorais dans l'Est - Mort de M. Dorais
Après la construction de la nouvelle église, on songea dès lors à bâtir un nouveau presbytère pour remplacer l'ancien devenu excessivement froid. Nous verrons plus tard que ce projet ne sera réalisé qu'en 1918.
En 1905, la santé de M. Dorais ébranlée par les travaux et les soucis de la paroisse demandait un peu de repos. Il lui fut permis de faire un voyage dans la province de Québec, afin de respirer l'air du pays natal et de visiter sa parentée,
Pendant son absence, le Rév. P. Bernier, curé de Végreville, laisse le soin de la paroisse au Rév. P. Garnier et vient prendre charge de Notre- Dame-de-Lourdes à Lamoureux. 11 y demeura près de deux mois et eut l'occasion de célébrer plusieurs mariages et administrer quelques baptêmes. Son séjour à Lamoureux fut, à son dire, très agréable, grâce aux soins dévoués et la chaleureuse hospitalité des parents de M. l'abbé Dorais,
Lorsque M. Dorais prit charge de Lamoureux en 1691, la paroisse comptait environ vingt-deux familles. En 1907 on y trouve quatre-vingttrois familles presque toutes canadiennes-françaises et catholiques.
Dans les limites de la paroisse, il y a quatre écoles catholiques fréquentées par environ 130 écoliers.
La statue de Notre-Dame-de-Lourdes placée au fronton de la nouvelle église, de sa position élevée protège la grande famille paroissiale et attire sur tous les habitants les bénédictions du Ciel. Sa douce influence a fait naître plusieurs vocations. Deux prêtres: M. l'abbé Théodore Rocque, ordonné prêtre le 14 mai 1905, décédé à Edmonton le 17 novembre 1944; le Rév. P. Lucien Godbout, oblat, ordonné prêtre à Lamoureux même, le 2 juillet 1933, actuellement assistant vicaire à Saint-Albert. Parmi les jeunes filles, près d'une vingtaine répondirent à l'appel divin, et font la joie et l'honneur des familles de Lamoureux.
Le voisinage de Fort Saskatchewan au sud de la rivière, semble avoir été un obstacle à la formation d'un village important sur la rive nord de La Saskatchewan. A plusieurs reprises des gens d'affaires sont venus étudier la situation, mais aucun ne prit la décision de s'établir à Lamoureux, craignant une compétition trop forte du village sud, et d'Edmonton situé à 14 milles à l'ouest. Cependant il y eut à Lamoureux une certaine période où 11 y avait deux magasins, un hôtel avec restaurant et licence, une boutique de forge et un bourrelier.
XVII - Le 19 mers - Mort de M. l'Abbé Dorais Plusieurs Curés se succèdent
Le 19 mars 1908, un grand nombre de prêtres sont réunis à Lanoureux avec leur évêque pour une triste cérémonie. Tous sont venu offrir un suprême témoignage de respect et d'affection au prêtre dévoué qui vient de disparaître presque soudainement. M, le Curé Ernest Dorais vient de tomber sur la brèche, Dieu l'a rappelé à Lui afin de lui donner la récompense promise au bon et fidèle serviteur. Son corps repose au centre du cimetière paroissial près de la grande croix. Depuis cette époque, sa tombe est fidèlement entretenue par des mains pieuses et reconnaissantes .
C'est toujours une tâche difficile de remplacer ceux qui tombent et de combler le vide fait par leur disparition. Mgr Legal doit faire face à cette situation. Les prêtres sont peu nombreux à ce moment, tant reste vraie la parole de l'Evangile: "La moisson est abondante et le nombre des ouvriers est petit". Mais la Providence divine veille sur les besoins du monde et de son Eglise en particulier. Dieu se sert en ces circonstances présentes des révérends Pères Franciscains.
Ces bons Pères sont venus récemment faire la visite canonique des Chanoines Réguliers de l'Immaculée Conception établis à Végreville. Dans leur voyage ils ont eu l'occasion de visiter plusieurs paroisses. Ils ont conversé avec l'évêque du diocèse et lui ont exprimé le désir de venir s'établir en Alberta. g à
L'occasion ne peut pas être plus favorable et à la demande de Mr Legal, ils vont prendre charge de la paroisse de Notre-Dame-de-Lourdes, à Lamoureux, où ils font leur entrée durant le carême 1908. Le Rév. P. Berchmans est supérieur de la petite communauté et en même temps curé de la paroisse.
Une fois entrés dans le diocèse, les révérends Pères Franciscains songent à établir un grand monastère, voire même un cr'lège qui pourra devenir une pépinière de vocations pour leur ordre. Aussi leur séjour à Lamoureux est de courte durée.
L'année suivante, en octobre 1909, ils obtiennent l'autorisation de bâtir un monastère à Edmonton-nord et quittent Lamoureux se réservant toutefois la desserte de Fort Saskatchewan où ils bâtissent une belle église en briques,
C'est M. l'abbé Maxime Pilon qui recueille la succession en octobre 1909. Il est curé de Notre-Dame-de-Lourdes pendant trois ans Durant son administration, il s'occupe de terminer l'intérieur de l'église, y fait des changements substantiels et fait exécuter des décorations de bon goût.
Mais voilà qu'en 1912, est fondée, à Edmonton, une nouvelle paroisse, le Sacré-Coeur, dont Les membres sont des catholiques de langue anglaise. Mgr Legal n'a qu'un nombre limité de prêtres qui maîtrisent cette Langue 1] fait appel à M. ‘l'abbé Pilon qui parle facilement l'anglais
M. l'abbé J. A. Normendeau est alors nommé curé de Lamoureux en décembre 1912 et reste en charge jusqu'en septembre 1913 époque à laquelle il est nommé agent de colonisation. M. l'abbé Lapointe fait l'intérim pendant
deux mois. Après tous ces changements successifs M. l'abbé H. Garnier arrive le 21 novembre 1913 pour prendre la direction de la paroisse.
Cher lecteur, vous avez déja fait connaissance avec le nouveau curé. C'est lui-même qui écrit ces lignes et va maintenant essayer de vous raconter tout bonnement les événements dont il a été témoin et acteur pendant les trénte-quatre années qui vont suivre.