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XIV - Construction et établissement de l'hôpital

Végreville est entré dans la voie du progrès, sa population augmente et quelques mois après son incorporation en village, il devient municipalité de ville.

Trois docteurs en médecine sont au service du publie et de partout on réclame un hôpital assez grand pour accommoder le nombre des malades.

Il existe un petit hopital, il est vrai, mais il est tout à fait insuffisant et dénué des accessoires nécessaires aux opérations.

Le P. Bernier va consulter notre évêque Mgr Legal, ainsi que le P. Leduc, vicaire général. Celui-ci, natif d'Evron, France, s'empresse de porter à l'attention des intéressés, le fait que les Soeurs de la Charité d'Evron sont préparées au service des hôpitaux et il se fait fort d'obtenir le concours. des Soeurs, ainsi que le personnel requis pour la fondation d'un hôpital à Végreville.

A son retour, P. Bernier s'étant assuré de la coopération des Soeurs de la Charité lance une souscription pour subvenir aux premières dépenses. La réponse fut immédiate et assez généreuse de la part du public et des médecins.

Il s'adressa ensuite aux Sénateurs, aux Députés du gouvernement fédéral et provincial. Plusieurs d'entre eux se montrèrent sympathiques et généreux. Quant aux millionnaires américains, la plupart trouvèrent une excuse pour ne rien donner. Un d'eux répondit: "J'ai fait mon argent par mon travail et je vous conseille la même manièr

Comme on le voit, le P. Bernier s'occupa activement de la partie financière et au mois de juin 1910 la souscription atteignait près de deux mille dollars, assez pour commencer les travaux d'excavation en automne.

Depuis mon arrivée au Canada j'ai toujours participé à la construction des bâtisses paroissiales, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, J'étais de la corporation des Pères charpentiers, et nous avions à notre crédit nombre d'églises, presbytères et couvents, C'est pourquoi on me confia la direction des travaux de l'hôpital. Pendant l'hiver je prépare les plans et les devis de l'hôpital projeté. De bonne heure au printemps les matériaux sont rassemblés et amenés à pied d'oeuvre. En mai les fondations s'élèvent au-dessus de terre. Puis la construction commence à progresser chaque jour avec rapidité sous la conduite d'un contre-maître expérimenté: M. Wilfrid Généreux de Saint-Paul.

Je vais entre temps visiter les hôpitaux d'Edmonton et Calgary afin de me familiariser avec l'installation des salles d'opération, planchers en mosaique, élévateurs, systèmes de chauffage et de ventilation, etc,

Les Soeurs de Charité n'attendent pas que cette construction importante soit terminée pour s'installer: elles ouvrent leur clinique dans le presbytère - “la maison-omnibus" - restauré et doté de toutes les commodités essentielles. Les Pères se construisent un petit bungalow, le deuxième, en avant de l'église, pour y demeurer pendant la construction du grand hôpital.

Dès Le 13 octobre 1910 arrivent les premières Soeurs infirmières: Soeur Marie Victoire, supérieure; Soeur Joséphine, Soeur Marie et Soeur

Marie-Louise. Elles sont accompagnées de Soeur Supérieure de Trochu et du Rév. Père Lemius, ami de leur congrégation. Les Soeurs vont résider

à l'hôpital provisoire qui renferme une douzaine de lits, la cuisine et le quartier des Soeurs. La plus grande salle est réservée pour les opérations urgentes.

Revenons à l'hôpital en construction. En juillet 1911 les murs de briques sont terminés, puis les planchers sont presque finis et bientôt se dressent les cloisons des chanbres à tous les étages.

Le 3 septembre Mgr Legal en tournée de confirmation vient bénir privément la bâtisse inachevée, mais promet de revenir plus tard pour l'inauguration solennelle.

Les directeurs du petit hôpital Rolland Boswell ne voyaient pas d'un très bon oeil l'érection de l'Hôpital Général qui s'amnonçait si complet et si moderne, De vagues rumeurs parviennent jusqu'à nos oreilles; aussi pour surveiller de près la construction et prévenir tout événement fächeux, pendant les derniers mois, je vais m'installer dens une chambre de l'étage superieur et passe les nuits seul dans ce grand bâtiment, rendu humide par les couches de plätrage nouvellement posées.

Dans le silence de la nuit, j'entends des bruits étranges, le bois qui sèche, les matériaux qui se rasseoient. A certains moments on aurait cru qu'une troupe de gens marchait dans les corridors. Alors je me levais et commençais ma tournée d'inspection de haut en bas, tenant d'une main une lanterne et de l'autre un marteau pour répondre à toute surprise. Vains effrois, tout est demeuré tranquille, aucun incident ne s'est produit!

Les travaux de finissage se poursuivent activement: il faut se hâter car l'hiver approche à grands pas. Le plâtrier craint la gelée pour les murs fraîchement enduits de mortier, il vient parfois la nuit activer le feu de la fournaise et sans le vouloir met à l'épreuve l'activité de ma surveillance,

Enfin tout est prêt et le 4 octobre 1911 a lieu l'inauguration solennelle de ce nouvel édifice qui mesure 36 x 90, avec soubassement et trois étages. Etaient présents à l'ouverture officielle: Mgr Emile Legal, évêque de Saint-Albert; le lieutenant-gouverneur de l'Alberta, l'Honorable M. Bulyea; le Rév. P. Leduc, le Rév. P. Lacombe, les Abbés M. Pilon, H. Goutier, Aug. Bernier et H. Garnier, les docteurs Couillard, Field, Monkman, les religieuses en charge de l'hôpital et une foule d'autres personnes.

Le 22 novembre suivant, en la fête de Sainte-Cécile, les Soeurs, les malades pouvaient quitter définitivement l'hôpital provisoire, "la maisonomnibus", et s'installer dans le nouveau et spacieux édifice qui pouvait contenir une cinquantaine de lits. Le troisième étage était réservé pour le quartier des Religieuses, la salle d'opération, la salle de pansement et la chapelle.

Voyage en France en 1912

Les travaux de l'hôpital, la tension nerveuse de l'esprit joints au mauvais fonctionnement de l'estomac, avaient ébranlé quelque peu ma santé. On me conseilla alors un voyage de repos en France. Cette proposition ne me laissa pas indifférent, aussi je me mis en devoir de préparer ce voyage.

Au mois de juin 1912, je quittais Végreville et après une heureuse traversée sur l'océan, j'avais le bonheur de revoir ma patrie, ma parentée,

quelques anciens camarades de classe. Je retrouvais surtout mes deux soeurs, dont l'une mariée résidait à Saint-Tropez, et l'autre, Claire, travaillait sur une ferme dans une famille où elle était considérée comme la fille de la maison.

Mon séjour au pays natal dura quatre mois pendant lesquels j'ai eu le pleisir de visiter une partie de la belle France que j'avais quittée seize ans plus tôt sans avoir eu la chance d'en soupçonner toute la beauté. Je fis des pèlerinages dans plusieurs sanctuaires célèbres, à Pontmain, Paray le Monial, Lourdes, Fourvières, Notre-Dame de la Garde et Ars.

En passant à Vichy, un commerçant m'avait nommé agent de placement et de publicité pour une source d'eau minérale dont il était propriétaire. De retour au Canada je fis ici et là quelques propositions aux hôpitaux de l'Alberta. Mais, il faut croire que l'eau de Vichy n'était pas très connue ou n'était pas populaire en 1912, car on me répondit que l'eau minérale était remplacée avantageusement par le petit lait de beurre!

0 tempora! 0 mores!

Ma Soeur Claire me suivit au Canada et à Végreville elle trouva une occupation immédiate à l'hôpital général où l’on manqueit de bras. Puis en novembre 1913 apres une sérieuse opération, elle n'hésita pas à m'accompagner à Lamoureux où je venais d'être appelé pour prendre charge de la paroisse. La, elle va s'occuper du ménage, de la cuisine ,de la sacristie et parfois mêne du chauffage pendant les longues années de notre séjour à Notre-Dame-de-Lourdes, Lamoureux.

En quittant Végreville, je laisse mon cher compagnon, M. l'Abbé Aug. Bernier, seul en charge de la paroisse où il va demeurer jusqu'en 1917 époque à laquelle il est nommé Chencelier du diocèse d'Edmonton. Quelques mois apres mon départ de Végreville.il eut pour vicaire l'Abbé J. Schnitzler,

L'Abbé Bernier eut pour successeurs: Les Pères de Ste-Marie de Tinchebray de 1917 à 1922: le P. Dominique Rolland de 1922 à 1936; l'Abbé J.W.Burke de 1936 à 1950 et enfin l'Abbé J. Strickland qui actuellement est encore curé de la paroisse,

Les Vocations religieuses à Végreville

Si Dieu suscite lui-même des vocations, en inspirant à de jeunes personnes le désir de servir et de sauver les mes, on peut dire que l'ambiance favorise l'appel du bon Dieu. Aussi il nous est permis de penser que l'influence des bonnes religieuses du couvent et de l'hôpital a aidé puissamment à faire éclore des vocations sacerdotales et religieuses.

Aussi bien, avant de commencer l'histoire de Lemoureux il convient de rappeler que plusieurs jeunes gens ont répondu à l'appel du divin Maître. C'est d'abord le P. Alexis Tétreault qui est actuellement (1953) vicaire et économe à la maison des Oblats à Saint-Albert. Puis son frère, le P. Georges Tétreault, professeur au Collège Saint-Jean. Enfin, le P. G. Forcade, également professeur au Collège Saint-Jean d'Edmonton. Un autre jeune homme 8. Dubuc est entré chez les Pères Franciscains en qualité de Frère coadjuteur,

Parmi les jeunes filles, on estime à près de vingt le nombre de celles qui sont entrées dans la communauté des Filles de la Providence et des Soeurs de la Charité d'Evron.

Au début le noviciat des Filles de la Providence était à Végreville. Il a été transféré à Prudhomme, Saskatchewan, en 1923. | è

Le noviciat des Soeurs de la Charité est situé à Trochu, à environ 115 milles au sud d'Edmonton.

En arrivant dans cette petite paroisse de Lamoureux, j'étais loin de me douter que je devais y demeurer pendant 34 ans et être le témoin de tant d'événements et de transformations.

Avant d'aborder ce terrain, le lecteur me saura gré de retracer les origines de cette paroisse. J'emprunte la plupart des détails à l'histoire des paroisses de l'Alberta centrale, par Mgr Enile Legal.

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