XVIII - M. l'abbé H. Garnier est nommé curé de Lamoureux
La nouvelle de ma nomination au poste de Lamoureux me parvient à Shel: River, Saskatchewan, où je suis en visite chez un de mes camarades d'étude, le Rév. P. Voisin qui lui aussi est un ancien Chanoine Régulier. La nouvelle par télégramne nous prend par surprise, vous pouvez le croire; car à ce moment ni mon compagnon, ni moi ne pensons à un changement de cette nature, tout préoccupés que nous sommes à la poursuite des chevreuils et orignaux qui peuplent les forêts de la région de Shell River
Cependant il faut se rendre à l'évidence, couper court aux plaisirs des vacances et de la chasse et prendre le chemin du retour.
Je passe à Végreville, ma résidence depuis 1904 et le lendemain vais faire connaissance avec les gens de Lamoureux. J'arrive le vendredi 21 novembre 1913, rencontre M. l'abbé Normandeau qui vient d'être nommé agent de colonisation, puis M. l'abbé Lapointe prêtre intérimaire. Mes deux confrères me donnent quelques renseignements généraux et comme il se fait tard, ils se retirent en me souhaitant bonne chance.
de passe la journée du samedi, seul, essayant de m'orienter et de localiser le nécessaire pour dire la messe le lendemain.
Le dimanche matin, tout en préparant le service dominical, je jette de temps à autre les yeux en direction de Fort Saskatchewan et d'Edmonton, dans l'espoir de voir apparaître quelque dignitaire ecclésiastique venant présider à mon installation...
Dix heures et demie....personne ne se présente, par conséquent la cérémonie d'installation sera très simple. Je me présente moi-même, m'installe tout seul, comne un vrai missionnaire du nord....J'ai le plaisir de constater que la population est tout à fait syapathique et très bien disposée.
Le lendemain lundi, je célèbre le mariage de M. Albert Desrosiers et d'Henriette Vanier. Je note ce fait intentionnellement car c'est le premier acte officiel que j'accomplis dans ma nouvelle paroisse,
Après quelques jours d'observation, je me rends compte que seul je ne pourrai jamais réussir à m'installer convenablement.
Je retourne à Végreville pour exposer la situation à ma soeur Claire qui avait hôte de savoir les détails de mon arrivée à Lamoureux. Comme je l'ai déjà mentionné, Claire m'avait suivi au Canada en 1912. En arrivant à Végreville, elle a rendu quelques services à l'hôpital général. Le changement de pays, d'hebitudes, de climat, a éprouvé sérieusement sa santé. Elle a dû subir une opération assez grave; elle gurait besoin de repos. Mais en entendant l'énunération du travail à accomplir, elle n'hésite pas un instant à m'accompagner à Lamoureux. Elle y restera, fidèle à sa tâche quotidienne pendant 34 années.
Après les changements répétés des curés, depuis la mort de M.
l'abbé Dorais, le presbytère avait été passablement bouleversé et avait besoin de réparations, Nous nous mettons tous deux à l'oeuvre avec cou rage, en vue de rafrafchir la peinture dans toutes les chambres, de remplacer ici et là de vieilles tapisseries en lambeaux. Au bout de quelques Semaines, l'intérieur de la demeure est complètement changé, à la grande satisfaction des paroissiens qui ne ménagent pas leurs compliments
Une partie du presbytère était batie en troncs d'arbres, ou "logs" et la partie la plus récente en planches. Le tout était froid en hiver Lorsque le vent soufflait, il pénétrait librement dans l'habitation.
De toute nécessité, on devra, lorsque nous aurons les moyens suffisants, songer à bâtir une maison plus confortable,
Dès maintenant, une réparation urgente s'impose. La plate-forme en bois en avant de l'église est complètement pourrie, De grands trous constituent une menace à la sécurité des fidèles. Je demande aux paroissiens de charrier du gravier et du sable pendant l'hiver 1915-1916. En mai, une belle et solide plate-forme en béton est construite. Elle défie le temps et subsiste encore intacte aujourd'hui (1953).
Avant l'usage des automobiles tous nos fermiers avaient un attelage de chevaux pour leurs courses d'affaires au village où à la ville.
C'était le beou teups! et nos habitants pouyalent se rendre par tous Les tenps, aux centres d'approvisionnements et à l'église. Ils étaient certain de ne pas rester en chemin, à moins d'un accident très grave. Mais le revers de la médaille était que les chevaux devaient rester dehors sans abri durant 12 célébration des offices. C'est pourquoi un certain nombre d'habitants ont bâti des hangaxs , au nord-est près de l'église, en 1914. Ces abris ont été augnentés les années suivantes pour répondre aux nouvelles demandes .
Et puisque à cette époque, on voyageait en attelage à chevaux, je dois aussi me mettre à la mode du temps. Au mois de mai 1914,je fais l'acquisition d'un cheval et d'un buggy pour visiter les fanilles de la paroisse, répondre aux eppels des malades, visiter les écoles, sans compter qu'i est nécessaire d'aller souvent à Fort Saskatchewan ou à Edmonton pour s'approvisionner,
Ce cheval dénommé "Nelson" est un vrei trotteur, agile et résistant; mais il a un défaut, il est ombrageux et ce n'est pas prudent de lächer les guides, Un jour que ma soeur Claire reconduit chez, elle une demoiselle du voisinage, elle a la mauvaise fortune de rencontrer à son retour un vieux tracteur à gasoline tirant une remorque et faisant ur vacarne infernal. L'onbrageux Nelson prend peur et se retournant soudain, dégringole dans la côte de la rivière avec le buggy et la conductrice... De loin, je suis témoin de la scène et lorsque je vois l'équipage disparaître dans le lit de la Saskatchewan, je crois un instant que tout est perdu. Heureusement, il n'en est rien. A part quelques pièces brisées dans la voiture et les attelages, Claire n'a que de légères contusions, Le cheval désorienté par la chute se laisse prendre paisiblement et on rentre tranquillement à la maison.