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VIII - Départ de Bonne-Madone pour Végreville, Alberta

Vers le milieu de l'année 1904, la mission de Bonne-Madone a atteint les dimensions d'une bonne petite paroisse et elle se trouve établie sur des bases assez solides. La population composée d'éléments divers a sensiblement augmenté, mais la paroisse ne dépassera guère son étendue actuelle à cause de l'énigration étrangère qui va limiter son expansion. Deux prêtres pourront largement suffire au ministère des âmes et visiter les postes isolés de la région. Nos supérieurs se rendent compte de la situation et s'apprêtent, à opérer un changement. Le P. Voisin et le P. Schmid vont demeurer à Bonne-Madone. Pour moi, je reçois au mois de septembre de cette même année, mon obédience pour l'Alberta.

Le P. Aug. Bernier a déjà pris, au début de l'année, la charge d'une mission éloignée du nom de Végreville et je suis désigné pour lui

venir en aide. Or, à cette époque il n'y avait pas de ligne de chemin

de fer au nord des deux provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta,

en direction Est-Ouest. Pour aller à Edmonton en partant de Bonne Madone, il fallait parcourir 40 milles en voiture à chevaux jusqu'à Duck-Lake, prendre là le train du C.P.R., passer à Régina, puis Calgary et de là remonter au nord jusqu'à Edmonton-Sud, Là, on changeait de train pour prendre le Yukon Pacific Railway qui traversait la rivière Saskatchewan et nous conduisait par un grand détour à Edmonton-Nord.

Le P. Aug. Bernier était venu me rencontrer à Calgary. On passa la nuit à Edmonton et des le lendemain nous prenions la direction de Végreville, une randonnée de 125 milles en petit buggy à deux chevaux. Le premier soir on couchait à Lamoureux où nous attendait l'hospitalité bienveillante de M. l'Abbé E. Dorais. À ï

Le lendemain, un samedi, il faut se hâter afin d'arriver à Végreville pour la messe du dimanche, Aussi, de bon matin nous nous mettons en route à travers la prairie, par des chemins à peine tracés et qui disparaissent à certains endroits, coupés par des cours d'eau ou des marais.

Fidèle à l'adage populaire: "Qui veut aller loin, ménage sa monture", P. Bernier fait reposer ses chevaux toutes les trois heures, afin de leux permettre de brouter l'herbe de la prairie. On en profite aussi pour casser la croûte et réciter le chapelet

Vers le soir, entre sept et huit heures, nous étions parvenus dans les environs du Beaver Creek. Les chevaux broutaient tranquillement, lorsque soudain, ils relèvent la tête,respirent bruyamment et partent au grand galop.

Nous les suivons dans la demi-obscurité, au bruit des attelages et nous les rejoignons au bord d'un étang où ils sont venus se désaltérer. Nous approchons avec précaution, cherchant dans l'onbre, le câble attaché à leur cou et qu'on laisse traîner à terre afin de les reprendre sans trop de difficulté, dans des cas pareils.

Enfin nous voilà en possession de nos deux coursiers; nous marchons maintenant à l'aventure pour retrouver notre voiture laissée à un mille plus à l'est, Nous la retrouvons heureusement et cette fois sans faire une seule halte, nous atteignons Végreville vers deux heures du matin. C'était un dimanche et les gens qui ne nous avaient pas aperçus la veille, se demandaient s'ils auraient la messe le dimanche? Ils eurent deux messes ce jour-là.

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