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XIII - Bénédiction d’une cloche - Confirmation

Le 11 août 1907 avait lieu la bénédiction d'une belle cloche du poids de 1500 livres. C'était le don d'un généreux paroissien, M. Auguste Hartman. Ce cher homme était d'une générosité megnenime. C'est lui qui plus tard devait doter l'église du magnifique maître-autel fabriqué à Montréal par la compagnie Crevier et fils

La cloche fut consacrée par Mgr Legal avec toute la solennité et les cérémonies prescrites par la liturgie, Dans l'après-midi Mgr Pascal, évêque de Prince-Albert, administra la confirmation à une quarantaine d'en. fants.

Cette double cérémonie, la présence de deux évêques, l'affluence des fidèles firent de ce jour une fète inoubliable qui marque une date mémorable dans les annales de la jeune paroisse.

Le couvent dont la construction avait commencé au mois d'août de cette année 1907 est inauguré le 16 décembre, jour anniversaire de la bénédiction de l'église. Les soeurs quittent Le presbytère - la "maison omni bus" - et déménagent dans leur nouveau couvent. La, elles se trouvent à l'aise et peuvent recevoir de nombreux pensionnaires. Ceux-ci, suivent le programme des écoles de la province et les Filles de la Providence leur dispensent l'enseignement religieux et des cours de musique, de dessin et de couture.

C'est encore au cours de cette année 1907 que nous accueillons un autre compagnon, le P. M. Mourey qui vient nous seconder dans les oeuvres de paroisse et le service des missions, Le P. Mourey est chargé des poste: du sud: Birch Lake, Mount Carmel, Holden. Le P. Garnier visite tous les mois: Warwick, Duvernay, Brosseau, Lafond et Ranfurly. P. Bernier voyage sur la ligne de chemin de fer et va dire la messe dans les différentes stations, entre Ranfurly et Lloydminster.

La vie commune à trois dura quelques années, mais bientôt des événements pénibles vinrent nous séparer et changer complètement notre vie et nos habitudes.

Dans toute organisation humaine, hélas! il n'y a rien de parfait. Des Saints, des fondateurs d'ordres religieux ont vu disparaître leurs institutions, ou ont assisté à une profonde modification des observance: qu'ils avaient établies...C'est ce qui arriva pour la Congrégation des Chanoines Réguliers.

On découvrit tout-à-coup que leurs Règles et leurs Constitutions

n'étaient pas conformes aux Normes des ordres religieux modernes. De nouvelles recrues, soit disant mieux informées que le fondateu: Dom réa commencèrent leurs intrigues et dénoncèrent à Rome ces prétendues irrégu larités., Je m'abstiendrai de porter un jugement sur la nouvelle direction imposée à la Congrégation des Chanoines Réguliers. Toutefois je ne pui m'empêcher de déplorer les événements regrettables qui, s'ensuivirent, à savoir: Le Révérendissime Père Abbé Dom Gréa est mis à l'écart, les con stitutions sont changées et remaniées de fond en comble; le chant de l'office est supprimé ou facultatif etc. etc. Tous ces changements font de l'ancienne Congrégation, une Société nouvelle... Dans ces conditions nous sommes laissés libres d'accepter les nouvelles constitutions ou de

choisir le Clergé séculier.

Dans ces circonstances, il nous paraît naturel d'aller demander conseil à notre évêque, Mgr Legal, résidant à Saint-Albert. Après avoir entendu notre exposé. 11 nous dit ces sages paroles: "Mes chers amis, on vous propose d'expérimenter de nouvelles constitutions. Or, vous êtes déjà d'un certain âge et vous ne pouvez pas passer votre vie à faire des expériences de cette nature. Et qui vous garantit que ces essais seront couronnés de succès? Puisque le Saint Siège vous laisse libres de rester ou de sortir de cette Congrégation, eh: bien je vous conseille de sorti pour entrer dans les rangs du Clergé Séculier. Vous garderez les paroisses dont vous avez la charge et votre supérieur sera l'évêque du diopèse. Je serai heureux de vous accueillir et de vous garder au nombre de mes prêtres.

C'est ainsi que les quelques Chanoines Réguliers de l'Ouest Cansdien, Alberta et Saskatchewan, devinrent prêtres séculiers. Nous étion: cinq: le P. Laurent Voisin curé de Shell River, décédé en 1920, le P. Tharcisse Schmid aumônier à l'hôpital de Humboldt, décédé en 1926, le P. Maur Hourey, curé de Delisle Saskatchewan et maintenant retiré au presbytère Saint-Paul, à Saskatoon. Le P. H. Garnier, curé de Lamoureux pendant 34 ans et en demi-activité à Végreville. Le P. A. Bernier, aumônier des Soeurs de la Présentation en retraite à Henryville, province de Québec.

Telle est, en abrégé. l'histoire de la transformation de la Congrégation des Chanoines Réguliers de l'Immaculée Conception en ce qui concerne les maisons de la Saskatchewan et de l'Alberta. Ces changements eurent lieu vers 1909 4

Le P. Mourey nous quittait à cette époque et acceptait la direction du journal Le Patriote de Duck Lake, tandis que le P. A. Bernier et le P. H. Garnier restaient à végreville et continuaient l'oeuvre commencée.

Le couvent dirigé par les Filles de la Providence progressait d'une façon merveilleuse, si bien que Mère Sainte-Adélaide dut réclamer du renfort pour suffire à la besogne. On lui envoya de l'aide en la personne de Mère Sainte-Clotilde et Soeur Anne-Marie. Puis Miss Anna Doyle qui en seignait la classe, conquise par la bonté et les exemples des Soeurs, s'était décidée d'entrer dans la Congrégation des Filles de la Providence C'est ainsi que Végreville devenait le noviciat où se formeront à la vie religieuse les jeunes filles que le Bon Dieu appelera à son service.

Au cours de l'année 1906 mon état de santé n'était pas très florissent. À la suite de troubles gastriques prolongés, mon médecin me conseilla un repos et un changement d'air et d'altitude, Banff et ses eaux + chaudes sulfureuses seraïent de nature à produire une grande amélioration dans mon état. J'allai donc à Banff et j'eus la bonne fortune d'y rencontrer le Rév. P. Daridon, o.m.i., qui ait là en traitement par ordre de son docteur.

Je passai à Banff deux agréables semaines de repos et de tranquillité car à cette époque Banff n'était pas la ville moderne et bruyante d'aujourd'hui. On pouvait circuler librement en soutane sans attirer trop d'attention et les sarcasmes des étrangers.

Après cette courte vacance, je reprends le chemin du retour et m'arrête une journée à Calgary, chez les Pères Oblats en charge de l'église Sainte-Marie. Le Rév. P. Lacombe était justement de passage: je m'empressais d'aller le saluer. Après avoir échangé quelques paroles, il me dit sou dainement: "Où vas-tu?" - "A Edmonton," lui dis-je - "As-tu ton ticket? “Non, pas encore"..."Bon! n'achète pas de ticket, moi j'ai un permis pour

deux personnes et je vais à Edmonton". ‘C'est parfait!"

Quelques heures plus tard nous nous dirigeons tous deux vers la gare du C.P.R. et n'ayant pas à acheter de billet, nous montons directement sur le train. Il y avait déjà là un certain nombre de personnes qui avaient pris leurs dispositions pour voyager confortablement, Chaque individu occupait deux sièges et personne ne semblait disposé à abandonner sa place pour accommoder les nouveaux venus. Le bon Père Lacombe eut un monent d‘hésitation, puis soudain il lança ces mots: "It is junny. every person in this coach needs two seats". C'est drôle, chaque personne dan: ce magon emploie deux sièges. Une Dame releva la Lête et apercevant le vieux missionnaire, s'écria tout haut: "Father Lacombe!" En un clin d'oeil, tout le monde est debcut et chacun renverse les dossiers des sièges pour faire place au P. Lacombe et....à son compagnon.

Une fois installés, le bon Père me dit en souriant: "T'aurais été gêné, hein! si tu avais voyagé tout seul!"

Et voilà comment, une fois dans ma vie, j'ai voyagé sur le permis du Père Lacombe “ex-président de la Compagnie du C.P.R."

Dans le courant de l'année 1909, le Premier Ministre du Canada a entrepris une visite générale à travers le pays. Sir Wilfrid Laurier voyage en wagon spécial et s'arrête aux stations un peu importantes du chemin de fer. A chaque arrêt il adresse quelques paroles aux gen accourus sur son passage, répond aux discours de bienvenue qui lui sont adressés. Ici à Végreville, sa visite a été annoncée plusieurs jour: d'avance et l'on prépare une grande réception à la gare du C.N.R.

Au jour indiqué une foule considérable circule aux abords de la station. Lorsque le train est arrivé et que Sir Wilfrid Laurier et se suite descendent du convoi, des vivats et des applaudissements retentissent de tous côtés.

M. le Docteur Goodwin présente au Premier Ministre, une adresse en anglais, sur le quai de la gare

Une autre adresse, en français, préparée par M. l'Abbé Garnier es lue par M. Joseph Dostaler, homme d'affaires éminent de Végreville.

Le Premier Ministre écoute avec intérêt et attention, À un certain moment on croit entendre quelques murmures de protestation prononcés en anglais et assez haut pour être compris: "Ce village est essentiellenen anglais et il n'y a pas lieu de parler français à Végreville"..….. Sir Wilfrid a certainement saisi quelques mots, car dans sa réponse, il remercie cordialement l'expression des bons sentiments contenus dans l'adresse française. Puis solennellement il déclare de sa belle voix accompagnée de gestés expressifs: "Mesdames, Messieurs! il me fait grand plaisir de parler à cette foule de gens venus de tous les coins du pays. Je suis heureux e fier de vous rencontrer, de vous saluer tous Sans exception. Vous le comprenez fort bien, Je suis le Premier Ministre, non seulement des Anglais mais aussi des Français, des Galiciens, des Ukrainiens, des Irlandais, des Canadiens et de tous ceux qui venus d'Europe ou d'ailleurs ont élu domicile dans notre grand et magnifique pays".

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