‹ En MocassinsChapitre 25 sur 27 · UN ANCIEN NID DU TONNERRE · texte numérisé non relu

UN ANCIEN NID DU TONNERRE

C'était vers le déclin d'une époque ancestrale, L'Ottawa s'appelait le Mahamoucébé; Vierge était la forêt, loin le Visage-pâle : Nul arbre, sous ses coups, n'avait encor tombé.

Les contes de ce temps roulent sur des merveilles : Oka voyait alors les cimes du mont Bleu S'élancer dans les airs, à des donjons pareilles, Se couronner d'orage et se grimer de feu.

Car le mont qu'ombrageaient la nue et le mystère, Dressait à pic son front par la foudre râpé. Et sa crête portait l'affreux nid du tonnerre Au-dessus des sapins dont il était drapé.

De noirs oiseaux mêlés à de sombres nuages. Tourbillonnaient autour du bloc pyramidal. Et l'éclair en zigzags, jet de leurs yeux sauvages, S'émoussait au granit de l'âpre piédestal.

Il sortait, aveuglant, de leurs glauques prunelles, X'olait en lézardant les voijtes de la nuit; Et le mont résonnait sous le fléau des ailes, Et les forêts, au loin, répercutaient le bruit.

Le vol passait, grondant, au-dessus du village. Et malheur au mortel dont l'œil voyait l'oiseau ; Enserré sous un ventre au fulgurant plumage, Il montait vers la cime où s'ouvrait son tombeau.

Ravi, tel un lézard que surprend une orfraie;

Par le choc étourdi, brûlé par les éclairs,

Au nid vertigineux dont la pensée effraie.

Il mourait sous les becs enfoncés dans ses chairs.

Sur le mont Bleu rêvant, silencieux, sublime, O vent, pourquoi gémir aux angles des granits? Des monstres pleures-tu quelque douce victime Gisante sous ces blocs, ruines de leurs nids?

O vent, chante plutôt sur le rocher placide Par l'esprit du tonnerre aujourd'hui délaissé ; Dis comment fut brisé son courroux homicide. Son repaire détruit et lui-même chassé.

Un de ce jours d'automne oii se dorent les chaumes. Où le chardonneret pend aux épis grenus, Le ciel devient livide et d'étranges fantômes D'oiseaux planent dans l'ombre, autour des sommets

[nus.

Le jour se change en nuit, dans les bois le vent

[gronde, Déchaîné par la main de Kabébonicka ( 1 ) ; A coup de fouet cinglant sa rage vagabonde, Comme un champ de roseaux courbe les pins d'Oka.

(1) Manitou qui d'après les Algonquins préside au vent du nord-ouest.

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