‹ En MocassinsChapitre 26 sur 27 · UN ANCIEN NID DU TONNERRE · texte numérisé non relu

UN ANCIEN NID DU TONNERRE

Le lac, bouleversé, bave sur ses rivages; L'arbre craque et se tord dans le val ténébreux; On voit au ciel rouler des vagues de nuages Pleins de sourds grondements et sillonnés de feux.

Autour des sommets noirs bourdonne le tonnerre. Et ses vibrants éclats auxquels répond l'émoi Tourmentent les échos, font tressalir la terre: Le Peau-Rouge ne sait ou cacher son effroi.

La montagne chancelle et son faîte s'écroule: L'avalanche de pierre à grand fracas descend, Sur les rochers se brise, en mille morceaux roule. Sous la chute le sol résonne en frémissant.

Les blocs font des amas pleins de grottes, de caches ; Le roc s'accoude au roc par-dessus les ravins. Les printemps leur feront des hures, des panaches, En mêlant des buissons à de maigres sapins.

Alors, avec sa foudre et ses flammes rapides. Semeuses d'épouvante et de folle terreur, Le tonnerre gagna le haut des Laurentides. L'assiette de son nid n'inspire plus d'horreur.

Il passe, fulgurant et déchire les nues, Quand, surchargés d'orage, accourent les autans ; Mais, dans les airs, pendants à ses serres crochues, Oka ne verra plus s'envoler ses enfants.

Et vous, débris, jadis repaires formidables. Tour à tour, le printemps de fleurs vous embellit. L'automne de carmin habille vos érables Et prélude à l'hiver qui vous ensevelit .

Vos impassibles rocs, hérissés de fougères, Dégagent leurs profils de monstres accroupis. L'araignée y suspend ses tentures légères. Fines gazes d'argent sur leurs flancs décrépits.

Ici, baille sous bois la farouche ouverture D'une grotte qui fut un séjour des esprits. Là chuchote le vent dans l'épaisse ramure De pins que nos aïeux peuplaient de mistigris.

Oui, tout a refleuri sur tes grandes ruines, O montagne qui vis périr tant d'Algonquins. Les mânes de ces morts errent sur tes collines Où dansèrent longtemps les Poukouaginins.

Près d'eux, l'esprit du soir aux larmes de rosée, S'assoit sur tes granits qu'ont baisés tant déclairs, Les pieds parmi les fleurs dont l'herbe est irisée; Pour eux le passereau babille dans les airs.

Dès qu'avril le ramène à tes cimes plaintives. Sur leurs tombes posant la gaîté de son nid, Il charme par sa voix leurs ombres fugitives Et plus pâles que l'astre argenté de la nuit.

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