‹ En NorwègeChapitre 17 sur 27 · LT · texte numérisé non relu

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couteau emmanche ils taillent dans la peau des coches horizontales, et la petite fete commence.... Les couches de lard glissent en lambeaux reguliers ; en tombant, elles ont des contournements bizarres de serpents qui souffriraient. . . . Les ouvriers, chausses de bottes d'egouttiers, vont, viennent, se promenent sur ce corps diffluent, en accomplissant leur sinistre besogne. L'un d'eux, de 1'air le plus naturel du monde, tire au dehors la langue de l'animal avec un crochet ; il la coupe, il la debite, comme s'il voulait en faire des souvenirs pour tourisles... Un autre prend un couteau qui ressemble a une faux retournee, et abat la machoire.

Les fanons, attaques d'un coup de pied, s'ecartent comme des eventails.... Ce n'est peut-etre pas de la plus exquise proprete, mais il n'y a pas a dire, c'est du travail bien fait....

Le sang putrefie gicle de tous cotes, les liquides sanieux forment des mares que viennent lecher les vagues. . . .

... Ah! pour le coup, c'est assez!... Nous demandons grace a nos guides; nos mouchoirs satures d'eau de Cologne ne suffisent plus a nous preserver des odeurs nauseabondes.... Pour ma part, sur les planches glissantes de graisse repandue, bien vite je m'enfuis....

Mais il parait quece n'est pas fini....

— Comment, docteur, vous battez en retraite ! Mais vous n'avez pas vu l'usine, c'est ce qu'il y a de plus curieux! Offrez-moi done le bras....

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UNE STATION DE PECHE A LA BALEINE

Sapristi, jene me serais pasattendu a cet excesd'hon-

neur mais dans la poitrine de tout Francais bat le

cceurd'un mousquetaire Lamain tendue verscetteai-

mable compagne ,sanscessela repechant , j e m'avance vers

la cheminee rouge qui fume la-bas, loin, bien loin Je

ne dis rien, j'ai le sourire aux levres, maiscredieu ! il me semble que je n'arriverai jamais. Allons, un petit effort

encore, et nous y voila Dans des cuves infernales,

mijotentlesgraissesquidonnerontrhuile pour nos chaussures, la margarine pour nos tables et — qui sait? — la viande pourles conserves de nos soldats —

... Cependant je suis a bout de forces, je ne vois plus

clair.... Pour comble de malheur, Mme E... se trouve

mal.... Je la regarde, elle est verte ; des secousses la

prennent.... line, deux, trois, le dejeuner en bas ! A la

hate je l'entraine vers la porte de sortie. Courantcomme

des fous, nous nous lancons dans un sentier; avec

bonheur, nous nous plongeons la figure dans les om-

belles parfumees des angeliques rencontrees sur la

route.... Allons, ca va mieux. Le hasard nous a, du

reste, bienservis. Nousvoici dans un jardin foisonnant

de renoncules et de campanules bleues. Le treillage

attire notre attention : des os de jeunes baleines entre-

croises. Dans les allees, les sieges ne sont autresque des

vertebres retournees.... C'est d'un gout tres original.

... 11 sera dit que tout sera bizarre, singulier, dans cette promenade. Derriere un arc de triomphe fait de deux machoires de baneopteres, un chalet en bois peint, propre et coquet, s'abrite sous des acacias legers.

EN XOHWEGE.

Nousentrons.

L'interieur est cossu.

Quel contraste avec ce que nous venons de voir !

La-bas, le charnier infect oil grouillent les residus de la mort, ici le doux nid oil les maitres de l'usine vivent une vie aimable, avec, autour d'eux, des femmes blondes aux yeux bleus et de mignons petits bebes qui prospered au milieu de toutes ces pourritures !

... Nous allons de piece en piece. Dans une cheminee en briques, gaiementmonte la flamme rouge d'unebuche enorme. Notre fantaisie d'artiste s'extasie devant ces mille bibelots, ces petits riens, de formes et de couleurs nouvelles, cuillers en bois peintes avec une tres fine bizarrerie, bassinesouvragees, plats decuivre repousses, brillantscomme des miroirs, nappes neigeusesa franges d'un gout parfait, coffrets en bois delicatement me-

nuises

Le proprietaire de ceans — un Allemand, sije ne me trompe — nous accueille avec une exquise politesse et tres aimablement se prete a nos questions....

... Entre autres details, il nous conte que ce n'est plus la baleine gigantesque du Greenland qu'on peche aujourd'hui. Ces animaux ont ete, au dernier siecle, tellement poursuivis qu'ils ont presque completement disparu. Les plus grands ne depassent guere 20 metres maintenant.

LE CAMP DES LAPONS

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LE GAMP DES LAPONS

Retour a Tromsoe. — En Karriol. — Au camp des Lapons. Bals a bord.

Midi.

A midi nous reprenons la route. Sur une mer moiree d'ambre et de bleu paradis, nous contournons Tile de Vanno, puis nous penetrans dans le Grotsund... et void que nous attend un tres curieux effet de lumiere : des montagnes gris perle, se profilant en tas de cendres dans des lointains bleuatres, sorte de pastels d'une legerete de mousseline....

... Pendant qu'etendu sur un rocking-chair je regarde se succeder en diorama celte cote singuliere, deux jeunes filles devant moi sont accoudees sur le bas-

tingage.

Quel age? Dix-huit ans, vingt peut-etre ? L'une — des environs de Thann, en Alsace — est blonde, a des yeux d'un bleu intense, ressemblant a des iris etranges ; i' aulre une fillette du Midi — est brune, avec de

EN N0RWEGE.

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yeux de velours, abritespar des cils soyeux qui battent la generale.

... Et, gentiment, l'une dit a l'autre :

— Comme cette mer est jolie, n'est-ce pas, Jeanne ! Reg-ardez done la-bas, ces sillages bleus et roses qui alternent.... Voici l'eau qui se moire, les roses qui chevauchent sur les bleus, et les bleus sur les roses.... Ne dirait-on pas un pastel de Madeleine Lemaire?

— Moi, Eliane, je ferme les yeux,... j'ecoute la brise qui vient du large... je suis tout oreilles pour les petits flots qui vers nous se hatent, en s eclaboussant de fan-, freluches toutes blanches.... C'est d'une sensation doucement troublante, exquise comme un menuet du xvin" siecle

... Je me detourne et je vois la duchesse qui, accotee a une pile decoussins brodes etfleuronnes, lit le Matlre deForges, de 1'inimitable (!) Ohnet. Sur un gueridon a sa portee, des mouchoirs de fine batiste etalent leur neige blanche, des vaporisateurs odoriferants tremblotent de paillettes d'or.... Que voulez-vous? cette jolie femme ne peut se decider a abdiquer sa coquetterie. La femme de chambre, elle, bailie a se decrocher la machoire.... Derriere ses yeux eteints, on lit Tincommensurable ennui qu'elleeprouve.... Elle a l'airdese dire : <, Quelle robe vais-je mettre a madame ce soir? » ou <c Mon Dieu! a quelle heure encore irons-nous nous coucher ce

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LE CAMP DES LAPONS

soir? ».... Et l'observation ne laisse pas d'etre toujours interessante....

... De nouveau, nous voici en vue de Tromsoe Si

nous y revenons, c'est qu'a notre passage, la brume avait empeche les Lapons de rassembler leurs rennes dans la monlagne pour nous les presenter.... 11 fait beau

Une karriol.

auiourd'hui, le programme va done pouvoir recevoir sa pleine execution.

Aussitot debarques, nous partons en karriol.

Oh ! tout ce qu'il y a de plus amusant, de plus piltoresque, ces karriols! On s'asseoit dans un siege sans

dossier ressemblant a une cuiller Commel'inventeur

de cette mecanique a oublie de laisser un peu de place pour les jambes, on se trouve oblige de lesjeter adroite eta gauche! Fort heureusement, elles rencontrent en route des etriers en fer qui les fixent. Un tablier de cuir

EN N0RWEGE.

fait ce qu'il peut pour vous recouvrir jusqu'au cou. Malheureusement, il ne le peut guere beaucoup, il est perce d'ouvertures indiscretes etflotteau gre du vent....

Derriere vous, sur le coffre des bagages, grimpe un gamin qui tient les renes,... a moins que vous ne les preniez vous-meme. Si j'ai un conseil a vous donner, ne les acceptez jamais ; au moindre accroc, on vous rendrait responsable.

Le fouet, du reste, est inconnu ici, on le remplace par une baguette, coupee au coin du premier chemin rencontre. Le cocher a l'habitude d'encourager sa bete par des gloussements de poule tres bizarres, qui activent ou ralentissent l'allure. Ici on met en pratique ce principe que, pour se faire aimer, il faut d'abord aimer les autres, les traiter avec douceur et tendresse.

A tous les relais de poste on trouve une ai'fiche ou une pancarte qui dit: « Wcer god most hesten. Soyez bon pour le cheval » ; aussi, quels braves animaux, ces poneys norwegiens ! Sobres, patients, d'un pied sur traversant les torrents, montant et descendant d'une adresse merveilleuse les sentiers escarpes de la montagne !

... Ainsi juches dans ces karriols, nous partons pour le camp des Lapons, qui est environ a un kilometre de Tromsce. La route, tres joliment ombragee par des bouleaux au feuillage d'un blanc mat, est semee de cailloux pointus : aussi, ce qu'on est secoue, mon Dieu, dans cette satanee voiture ! A chaque tour de roue on est jete bord sur bord. On n'a que la res-

LE CAMP DES LAPOXS

source de s'arc-bouter ferme sur les etriers,.. d'attendre ensuite du hasard le salut de ses os....

et

Le camp des Lapons — une invention de Cook, disent les grincheux — est situe a ravir, au milieu d'un cirque de verdure drape de sapins, rafraichi par des cascades tombant des flancs de montagnes. C'est le Tromsdal.... A l'un des bouts, se precipite le ruban aro-ente du fjord et, dans un fond ideal, s'arrondit un cercle de montagnes neigeuses, frangees de rose.... Les rennes nous attendent, ils sont la cinq ou six cents, rassembles en bel ordre au centre du campement,. .. et tout aussitot la corrida commence. Un patre les fait tourner en rond autour de nous, puis, se mettant a leur tete, lentement il entraine au loin leur theorie docile.... Les corps auxpoils gris frottentles uns contre les autres, les bois s'emmelent, mais la douceur de ces animaux reste exquise, leur ceil se detache limpide dans la confusion des corps.... Nous avons la une vision de vie primitive.... Ceberger, vetu de peau, faisant passer le "ue a son troupeau, a quelque chose de biblique.

Nous penetrans dans les huttes.... Un tableau

de vie familiale dans sa simplicity native.... Au centre,

l'atre allume laisse echapper la fumee par un trou perce

tout enhaut ; a deuxfourches entrecroisees est suspendue

une marmite qui se balance.... Pour tout meuble, un

coffre en bois sculpte recoit les ustensiles et les vete-

ments de ces nomades....

EN KORWKGE.

Nous les regardons vivre.

Sousl'une des tentes, un vieillard, a barbe de fleuve, nous examine avec une melancolie profonde. II ressemble a ce Lothario, promenant sa misere loqueteuse

sur les grandes routes, pendu au bras de Mignon Une

abominable vieille, dans un coin, fume unelongue pipe';

Une hutte laponne.

de temps en temps, prise de prurit, elle secoue ses puces avec une satisfaction visible.... Une maman laponne berce son bebe dans une sorte de sabot ferme par des rideaux, suspendu a la hutte par des cordes.... Un enfant de deux ou trois ans se met a brailler. Sa mere accroupie dans un coin comme une bete, peniblement seleve, prend un pain de seigle, en taille une tranche

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LE CAMP DES LAP0NS

et la recouvrede beurre de renne. Le gosse,brutalement, la saisit, y mord avec voracite et se tait... . Dans une tente voisine, un vieux et une vieille, qui ont bien 180 ans a eux deux, sont etendus sur unlit de pins desseches... . Le vieux s'efforce d'etre aimable, il nous montre son ratelier ebreche, rend la liberte en notre honneur a sa vermine et avance vers nous, pour mendier, sa grosse patte d'ours, ratatinee comme une pomme qui a passe l'hiver. La vieille fait la belle, se livre a des contorsions grotesques, qui dans sa pensee figurent des saluts ; son sourire nest qu'une affreuse grimace, et nous en ressentons une impi-ession penible.

Sous leurs longues blouses de peau sont-ils hideux, mon Dieo, tous ces Lapons!... Tout petits, ramasses sur eux-memes, avec leur visage imberbe, leurs pommettes saillantes, leurs yeux brides, leur nez ecrase, leurs bras qui n'en finissent pas, ils ressemblent a des Tatares mongols, tres... tres enlaidis....

Le meilleur ami du Lapon, c'est le chien, un chienloup de taille moyenne, au museau pointu, qui a bien les yeux les plus intelligents que j'aie jamais vus a l'espece.

Lestouristes se mirentaenraffoler; la duchesse, si on l'eut laisse faire, aurait emporte tous les gardiens du troupeau.

Nous en ramenames seulement trois.... G'etaient, du reste, des etres parfaitement mal eleves. Pas plutot installes a bord, ils se livrerent a toute sorte d'actes

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EN XOHWEGE.

inconvenants et se mirent a aboyer furieusement pendant la nuit, encore bien que le ciel fut sanslune.... Les touristes ne fermerent pas l'oeil, aussi le lendemain adresserent-ils une plainte collective au commissaire.

Un chien lapon.

A l'heure du luncheon, un arrete fut affiche prescrivant de laisser les chiens a l'avant. Ces pauvres betes, attaches par de fortes chaines, faisaient mal a voir. Dans leurs long-s aboiements on sentait passer le regret poignant de la liberte perdue, des retours melancoliques

LE CAMP DES LAPONS

de pensee vers Ies clairieres de sapins, oil paissent les rennes en joie !...

... Jusqu'oii va le snobisme ?

Voici des Francais et des Franchises qui soi-disant sont venus se mettre au vert, et ils ne sont pas plutot reunis qu'ils semblent avoir la nostalgie du faubourg Saint-Germain ou du faubourg Saint-Honore.... C'est plus fort qu'eux....Huit jours apres leur installation, ils faisaient circuler des listes de souscriptions pour l'organisation de bals a bord.

Ce soir c'est l'inauguration.

Le purser, qui ne perd pas une occasion de s'amuser, afaittendre des toiles surle pont arriere... et pendant quelques heures, les lampes electriques etant allumees,

on aural'illusion de la nuit Les mamans tres interessees,

assises sur le spardeck, font tapisserie. ... Lesjeunes filles et lesjeunes femmes, en corsages bleus ou roses, flirtent avec lesjeunes gens en fracs ou en smokings.

... Et la clarinette souffle du vent dans son instrument, et la petite flute trille, et le piston claironne, et la contrebasse gemit, et le violon chante.

Ce qu'il chante ?

La Valse des roses, II haccio, la Polka, du sultan, une collection de vieilles rengaines,frippees, faisant maintenant le bonheur des orgues de Barbarie !

Pen, tres affaire, en gants blancs, s. v. p., circule, un plateau sur le bras :

— Punch or soda.

... De preference on prend du punch, car des qu'on s'arrete de danser il fait un froid de loup, derriere cette toile qui flotle et ces drapeaux d'etamine qui claquent.

Vers onze heures, quand on commence a s'amuser, le commissaire donne le signal du depart... et je sais plus d'une jeune fille qui va rejoindre sa couchette avec un bout de roman en tete....

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LE RAFSUND

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