‹ En NorwègeChapitre 24 sur 27 · J — = CO · texte numérisé non relu

J — = CO

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Un poste a saumon.

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tion de sommets pointus derriere des croupes gigantesques, de machicoulis aux aretes vives, de falaises cannelees, sorte de roches basaltiques barrant la

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route.

Au debouche du Sognefjord dans le Fioerlandsfjord paraissentlespostesasaumons. Cettepeche estc,urieuse. L'homme, assis dans sa cabane sur un siege eleve, tient en main des guides comme s'il conduisait un attelage. Le filet qui leur correspond est jete dans l'eau au tour-

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DANS LE GEIRENGERFJORE.

nant des rivieres. Des que le flotteur annonce l'entree du poisson dans les mailles, le pecheur tire sur les renes et ferme le filet comme une bourse.

Ahuitheuresseulement, nous sommes devantMundal.

' Etnousdevionsydebarqueramidi! Les karrioles, lasses

de nous attendre, sont retournees dans leurs villages.

Huit kilometres durivage au glacier de Jostedal, but de

1'excursion. Pas moyen, par suite, d'y aller apie'd, nous

serions surpris par la nuit, qui maintenant tombe vite.

La sirene de la Lusitania jette dans Fair des appels

desesperes. Aubout d'unedemi-heure, de tousles points

du pays arrivent les voitures les plus invraisemblables.

Je me hisse dans une grande machine supported par

deux ressorts « prehistoriques » et conduite par un

venerable de soixante-dix ans.

Le chemin est d'un pittoresque acheve, tout en vallonnements qui nous precipitent les uns sur lesautres, au grand dam de nos membres. Ce que le vieux rit derriere, pendant ce temps-la! Decidement, il a I'air du Genie de la montagne.

Le long de la berge, un gave torrentueux court a la diable. Aucun barrage pour nous preserver; s'il prenait fantaisie a notre cheval de faire un ecart, nous serions jetes dans le gouffre, et bien fort qui pourrait nous tirer de ces courants rapides.

A 500 metres du glacier, brusquement la route s'arrete ; il nous faut prendre a travers champs, et quels champs! Ici le pied enfonce dans des tourbieres, un peu plus loin il glisse sur des pierres roulantes.

EN N0RWEGE.

II est pres de 10 heures quand, a talons, ecarquillant les yeux comme des chats, nous arrivons au glacier. Nous aurions prefere evidemment le voir dans tout le scintillement deses cristaux; cependant, la nuit,l'aspect est saisissant encore. Cette surface d'un blanc mat a quelque chose de particulierement emouvant par l'intensite de son etendue, son immobility comme figee et le mystere qui s'attache au silence des grands espaces glaces.

Sur la route du retour, une etoile — la premiere que nous voyons depuis notre depart — se leve a l'Occident. Des nuees grises s'ourlent de lumiere sur leur bord, Peu a peu, dans leurecartement, lalune parait, qui met des aigrettes d'argent aux cristaux du glacier et converts les torrents en coulees phosphorescentes. Dans le ciel devenu tout bleu courent des nuages cotonneux, qui semblent aller porter bienloin la nouvelle du retour du beau temps. Je me tourne une derniere fois vers le glacier. L'astre de la nuit le caresse doucement de ses rayons. Ce n'est plus le blanc de toutal'heure, chaque grain de neige est devenu un cristal qui saute comme un diamant et aux aiguilles de glace sont attaches de petits phares qui illuminent l'horizon.

DE GUDVANGEN A STALHEIM

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DE GUDVANGEN A STALHEIM

La vallee du Ncurodal. — Les cascades de Sielefos et de Stalheimsfos. — L'hotel de Stalheim. — De Stalheim a Voss.

3 aout.

Pendant la nuit, nous glissons sur le fjord comme sur du velours : aussi, le lendemain matin nous trouve reposes et en bonne forme a Gudvangen. L'excursion de ce jour a pour but de traverser la belle vallee du Ncerodal, qui rejoint Gudvangen a Stalheim. Bien qu'au point du voyage ou nous sommes arrives nous n'ensoyons plus a compter nos surprises, cette journee va pourtant nous apporter des sensations nouvelles.

Cette coulee est un simple filon situe entre deux versants inclines l'un vers l'autre. Evidemment, a un moment donne, il y a eu une cassure dans les roches, et les fragments se sont eparpilles. Les champs sont couverts de ces blocs que viennent prendre d'assaut des arbustes delicats. Ce qui est tout a fait joli, c'est que sous leur ombrage leger s'abritent des seigles et des orges, dont les cloches dansent une sarabande folle.

EN N0RWEGE.

Toujours la meme vegetation. Jusqu'a mi-pente, des bouleaux, des sapins, des pins, puis, plus rien! l'aridite la plus absolue.

Cascade de Stalheimsfos.

Deloin, nous apercevons l'elegant hotel de Stalheira, qui domine fierement la vallee. A un kilometre du chalet coulentles cascades de Sielefos et de Stalheimfos. Le recul de la premiere ne permet pas d'en jouir com-

DE GUDVAXGEN A STALHEIM.

pletement, mais celle de droite a un developpement grandiose. D'une hauteur de dix a douze metres elle tombe dans le vide, puis, rencontrant un roc sur son chemin, elle subit un ressaut de belle courbure des contre-courants se produisent, des bouillonnements

Route de Stalheim. Cascade

fous montent les uns sur les autres,... et c'est alors une miseen deroute generale de la masse liquide, jusqua ce que, calmant ses debordements, elle ramene en bon ordre ses veines disperses et rentre dans le torrent.

Nous voici sur le plateau de la roche, jetee la au milieu de la vallee par quelque cataclysme. On dirait

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un ilot gigantesque. De tous cotes, c'est l'abime a pic...

Devant nous, deux masses dressent menacantes leurs

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facades plaquees de blanc et de mauve. L'une, le Jordalsnut, nouvelle tour de Pise, s'incline comme pour

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nous ecraser, Fautre, l'Aaxlen, se dresse here et droite

comme un pylone sacre.

Du cote du sud, a travers les bois et les champs

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fleuris, je revois passer le ruban gris de la route par

laquelle nous sommes arrives, et ce serait la l'impression

tres douce que j'aurais gardee de cette vallee, si je ne

m'etais tourne vers Test. Quel changement! Un sol

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convulse, souleve en reliefs monstrueux, sorte d'echines

de leviathans antediluviens, des horizons lugubres de

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sapins dont jamais le soleil ne caresse les cimes.

Decidement, Guillaume 11 n'a pas mal choisi sa

station. Devant cepaysage disloque, que tous les ans il

vient revoir, il retrouve sans doute quelque chose de

sa nature tourmentee.

Pour le moment, il n'est pas question de calmer nos

nerfs surexcites, il s'agit tout simplement de man-

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ger. Dans une grande salle en pitchpin, deux tables

oblongues ont ete disposees. Dans un coin, quatre per-

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sonnages, a la barbe blonde et aux yeux de faience bleue,

dejeunent. Ce sontdes Prussiens de haute lignee. lis ne

nousquittent pas du regard. J'ai d'autant plus regrette

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que dans l'espece nous n'ayons pas su nous observer.

Pendant que quelques-uns d'entre nous demandent a

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l'orchestre la Marseillaise, d'autres croient devoir pro-

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tester et meme bouder pendant l'execution en ne se

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DE GUDVANGEN A STALHEIM

levant pas,... et ce petit incident m'a confirme dans cette opinion, qu'a l'etranger nous devrions avec un soin jaloux veiller a etre sobres de toute demonstration exterieure pouvant mettre en lumiere nos malheureuses divisions d'esprit.

Tout en achevant notre cafe, nous prenons conge de nos amis. Pendant qu'ils rejoindront Bergen par mer,

L'hotel de Stalheim.

avec cinq ou six compagnons j'ai resolu de gagner en karriol la station de Voss, d'oii le chemin de fer nous conduira jusqu'a Bergen.

Le temps n'est guere engageant, pourtant. Des rafales de neige fondue nous fouettent le visage, il souffle un vent a glacer le coeur de la duchesse elle-meme. Cependant, comme nous ne sommes pas Francais pour rien, nous faisons contre mauvaise fortune bon cceur et, derriere notre tablier de toile ciree, remonte

jusqu'au visage, nous avons l'oeil au paysage.

II semble que nous soyons aux antipodes de ce gouffre effroyable du Naerodal, sur lequel, il y a quelques minutes, notre regard s'arretait effare. Ce ne sont plus maintenant que douces visions, luisances de paturages tout verts, a travers lesquels circulent en chantant des eaux claires. C'est vraiment le pays des Naiades; torrents ecumeux, s'elancant avec fracas de lacs romantiques, cascades rebondissant en panaches d'ecume irisee, etangs paisibles, tout bleus, sur lesquels dorment des ilots boises, et montent des iris tordus. Une evocation charmeuse d'un Harpignies oud'un Gorot! II parait que ces cours et ces pieces d'eau, tres poissonneux, attirent les voyageurs ; sur leurs bords sont assis des chalets-hotels confortables, domines par le drapeau norwegien, et, bien entendu... britannique.... Le long de la route, faisant contraste, des gaards miserables, dont les maisons sont baties de cailloux roules.

Successivement nous montons une serie de gradins boises qui nous conduisent au bourg de Vossangen.... Voss, comme on dit ici par abreviation, est un lieu de villeo-iature pour les habitants de Bergen. C'est ce qui explique le coup d'oeil tres agreable presente par cette petite ville, avec ses chalets a windows, ornesde plantes grimpantes, et ses maisons multicolores, qui semblent tirer un perpetuel feu d'artifice. Dans le centre de la bourgade... un chalet de grandes dimensions, agremente de verrieres et de verandas lumineuses. On l'appelle l'hotel Fleischer. Dans la salle a manger, simplement

DE GUDVANGEN A STALHEIM

decoree de pitchpin, nous trouvons un grand nombre de touristes qui, passant du Hardangerfjord dans le Sognefjord et inversement, se racontent leurs impressions. Pris d'une faim de loup, nous avalons les bouchees doubles. II me semble encore sentir fondre dans la bouche les truites, qu'on etait alle pecher dans le vivierde 1'hotel, et aussi les jolies petites fraises de bois exquisement parfumees.

Apres le diner nous allons pousser une pointe dans la campagne, et c'est pour moi un ravissement nouveau que de voir ce fouillis de plantes vertes et d'herbes grasses s'etaler a leur aise dans la cuvette dela vallee.... En revenant dans le crepuscule, nous croisons le corselet rouge ou la guimpe blanche des femmes du pays. Tres gentiment, d'un mouvement lent de la tete, elles nous disent bonsoir. Sapristi ! il est temps d'aller nous coucher. La journee a ete rude, et dans ces chambres fleurant bon la resine, le sommeil ne peut manquer de nous visiter bientot.

i aout.

A cinq heures du matin, le reveil. La gare est a deux pas. Tout de meme, il eut ete bon de rester faire un peu le paresseux sous ces draps toutblancs, sentant l'iris..., mais bast ! on n'est pas en voyage pour faire du sybaritisme. Ouste ! les fenetres ouvertes pour aspirer a pleins poumons cet air frais du matin, qui vient de la montagne, et pour voir encore une fois ces fins horizons de lacs tout bleus, de prairies verdoyantes et de mon-

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222 EN NORW'EGE.

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tagnes encapuchonnees de buee vaporeuse.... Une

petite bonne, tres affriolante ma foi, m'apporte une

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tartine beurree avec, sur l'assiette, pour lui tenir compagnie, une tasse de lait fraichement tire. L'estomac

est maintenant leste jusqu'a Bergen. Allons vite, le

reglement de la note a la caisse, la distribution

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des pourboires aux innombrables domestiques, et filons.

■ ... Nous voici pour la premiere fois dans un train norwegien. Dame! ce n'est pas luxueux, c'est meme

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d'un confortable tres relatif, mais nous n'avons que 108 kilometres a faire, le long de la route peut-etre la

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plus pittoresque de l'Europe : une vision de Tyrol agrandi, tout en succession d'horreurs grandioses et

de paysages paradisiaques. En voila un trace qui a du

causer du tintouin aux ingenieurs! De Voss a Bergen

j'ai compte cinquante-trois tunnels, et j'en ai peut-etre

oublie ! On a, a chaque instant, la sensation d'etre lance

dans une serie de tuyaux pneumatiques, on n'a pas

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plutot l'ceil attache a quelque torrent courant dans la

vallee, comme dans les paysages de Buysdael, que de

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nouveau on brouille du noir. Aux environs de Bergen, pourtant, l'horizon s'elargit, on retrouve les jolies

perspectives d'iles toutes vertes, le decor d'une plaine semee de villas fleuries.

A la descente du train, nous retrouvons nos amis de

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la Lusitania qui, venus de Gudvangen par mer, nous

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