‹ En NorwègeChapitre 3 sur 27 · LETTBE DE M. A. LE BRAZ · texte numérisé non relu

LETTBE DE M. A. LE BRAZ

ne semblait persister en eux de la sauvagerie de leurs premiers ancStres. Leurs faces claires et rosees respiraient plutot Ja candeur ; leurs yeux, de nuance indecise, etaient graves et doux ; il y avait dans leur sourire une bonte touchante, presque enfantine. Le soir, tandis que le repas de porames de terre et de poisson seche cuisait dans la cambuse, on les entenclait chanter a mi-voix des refrains de leur pays : cetaient des airs trainants, un peu plaintifs, oil flottait je ne sais quoi de nostalgique, et qui s'harmonisaient a merveille avec la fine melancolie de nos crepuscules bretons.

Je me pris d'affection, des cette epoque, pour ces matelots etrangers. Et leur Norwege a demi polaire fut desormais pour moi une de ces terres de promission qui eveillent dans Fame, sitot qu'on en prononce le nom ou qu'on en evoque soudaine, une irresistible envie de depart.

— Venez ! nous vous emmenerons, me dirent plus d'une fois les hommes des fiords, aux jours lointains oil je causais avec eux, assis a califourchon sur des piles de planches qui distillaient autour de nous, dans l'atmosphere de Bretagne, avec l'arome des sapinieres natales, toute la rude et penetrante poesie de FEdda... Le voyage auquelilsmeconviaientalors, j'en suis toujours, helas ! a projeter de l'accomplir. Les annees ont passe, ajournant indefiniment mon reve ; mais, mon desir, elles ne l'ont point emousse. Au contraire, plus que jamais, elles me hantent, les sirenes scandinaves, les mysterieuses « Dames de la Mer » que me revelerent jadis des canlilenes de

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