‹ En NorwègeChapitre 4 sur 27 · LETTRE DE M. A · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. A

matelots et dont j'ai vu, depuis, se jouer tous les troublants presliges a travers le genie d'Ibsen.

« La nuit estfroide et sans etoiles ; la mer fermente et, sur la mer, l'informe vent du Nord babille d'une voix gemissante... II raconte de folles histoires, des aventuresde geants, de vieilleslegendesislandaises... II rit et hurle les incantations runiques, tout cela avecune gaiete si feroce, une rage si bouffonne, que les blancs enfants de la mer bondissent en poussant des clameurs d'allegresse... »

Vous n'etes pas, monsieur, sans vous souvenir de ces vers de Heine, le poete de la Nordsee. Je me les suis repetes plus d'une fois, sur les falaises du Goelo, en cette saison mfime oil nous sommes, quand cinglaient les morutiers de Paimpol vers les parages du septentrion. Plus heureux que moi, il vous a ete donne de vous elancer dans leur village. Passager de la Lusitania, vous avez pu, d'escale en escale, assister, spectateur avide, au grandiose deploiement de toutes les magieshyperborees. Vous avez etelepelerin passionne que j'eusse, moi aussi, souhaite d'etre. Et voici que vous nous associez a vos enchantements. Mieux encore, vous les faites revivre devant nous, en un livre sincere, ecrit au hasard des jours et des heures, sous l'immediate suggestion des 6tres et des choses. D'autres le loueront comme il convient. J'ai voulu, quant a moi, vous dire seulement pour quelles raisons intimes et profondes je 1'ai beaucoup aime.

Anatole Le Braz.

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