LES DEI'X COMPAGNONS DE VOYAGE
sud, c'est-à-dire de la Perse; malgré les Turcs, non moins fanatiques, que la mer apportait sur ses côtes.
Au double point de vue chronologique et géographique, les Géorgiens ont été l'avant-garde des propagateurs de la foi dans l'extrême Orient et, avec un légitime orgueil, ils rappellent aux Russes que ce sont eux qui les ont devancés dans la civilisation chrétienne.
Ce Caucase, dont je désire vous entretenir, a été parcouru, mais n'a pas été pénétré dans toutes ses parties. Il a été le sujet de bien des publications, mais il demeure comme une source féconde où voyageurs, écrivains, savants peuvent toujours puiser sans jamais la tarir. Il a été célébré par les poètes, et sa merveilleuse beauté, éternellement charmeuse, peut être éternellement chantée !
La réputation du Caucase comme pays où la nature est admirable n'est pas exagérée, je dirai plus, tous les éloges qui en ont été faits restent au-dessous de la vérité. Il faut avoir contemplé ces grands spectacles, ces grands tableaux, avoir subi la fascination de cette nature imposante et de cette clatté qui la transfigure; avoir ouvert les yeux à ces changements magiques de colorations que les heures du jour et les saisons de l'année rendent chaque fois différents et nouveaux, toujours saisissants pour la vue, capi-
ROUTE MILITAIRE GÉORGIENNE. — STATION BALTA. (Photographie du baron de Baye.)
teux pour l'âme, troublants pour la pensée, incapables d'être suffisamment décrits par l'écrivain, peints par l'artiste, chantés par le poète.
Un train direct nous a portés de Moscou à Wladikavkas * d'où nous sommes immédiatement partis pour gagner la Transcaucasie par la route géorgienne. En équipage, nous avons franchi les 200 versles qui séparent Wladikavkas de Tiflis. D'un bout à l'autre, ce trajet est un véritable enchantement. Au départ, on voit, du pont jeté sur le Térek, l'ensemble des montagnes formant