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SIGNAKH. — CHEZ LE BARBIER

(Photographie du baron de Baye.)

montée sur la terrasse pour contempler le coucher du soleil, redoutant la fraîcheur de la nuit, fit demander le bachlik du commandant et s'en revêtit. L'apparition inattendue de la souveraine russe, la tête entourée de la coiffure nationale du Caucase, électrisa la foule et les Géorgiens l'acclamèrent de leurs hurras frénétiques. Maria Feodorowna demanda à garder le bachlik. A partir de ce moment, le commandant en chef de ce régiment a été autorisé, en souvenir de cet événement, à ne plus porter le bachlik. Ces épisodes sont charmants de simplicité et prouvent, ainsi que

beaucoup d'autres, que les souverains russes ne sont pas pour les Géorgiens des conquérants, mais des amis.

Pendant le trajet de Khardanakh à Signakh, nous essuyâmes un terrible orage ; la pluie torrentielle était mêlée de grêlons. C'est ici le cas de parler des coutumes et des croyances locales relatives i l'orage accompagné de grêle.

Si la grêle commence à tomber, les Géorgiens superstitieux s'empressent de sonner les cloches pour prévenir Elie que le démon Ta trompé et Ta conduit loin des montagnes, ils l'invitent ainsi à s'éloigner des habitations avec ses nuages de grêle.

Une légende explique cette coutume. La grêle est un fléau du ciel. Quand Dieu n'est pas en courroux contre les hommes, les nuages de grêle n'osent pas quitter les montagnes où Elie les conduit toujours. C'est Elie qui dispose de la grêle, mais étant aveugle, il ne suit pas toujours la voie convenue le long des grandes montagnes. Il est en lutte avec l'esprit malin. Cet esprit malin, pour nuire aux hommes, veut montrer le chemin à Elie et, au lieu de le diriger vers les montagnes, le mène vers les habitations des hommes et dès lors la grêle commence â tomber, contrairement à la volonté de Dieu. Les hommes connaissent cette volonté et comprennent l'erreur d'Elie aveugle. Pour éviter la grêle meurtrière, ils doivent faire un signe quelconque à Elie afin de le prévenir de sa méprise.

Nous voici à Signakh, ville géorgienne habitée principalement par des Arméniens, parlant le géorgien; elle est admirablement située à 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cette cité campée sur des rochers escarpés est enserrée de fortifications construites au xvui* siècle pour préserver la population des fréquentes attaques des Lesghiens. De ce rempart, la vue sur la vallée de l'Alazan et les montagnes du Daghestan est merveilleuse.

Le bazar de Signakh est très pittoresque, tout est tableau vivant dans ces rues mon tueuses et étroites encombrées de passants et bordées de boutiques ; ici on vend du fer,' là de grands plats en cuivre, plus loin des tapis, des armes. Ici c'est l'échoppe d'un artiste coiffeur, j'y pénètre avec un rayon de soleil et je prends le portrait, je devrais dire la tête, du patient et de ses deux bourreaux. En certains endroits, la marchandise est étalée en plein air. Pensif, je m'arrête longuement devant un amas de berceaux et de tombeaux fabriqués et vendus par le même homme. Quelle pro-

miscuité ! C'est là que les habitants de Signakh viennent chercher le nécessaire pour coucher le nouveau-né ou le dernier mort. En choisissant le berceau sur lequel la mère se penchera pour sourire, il faut frôler, heurter, remuer ces cercueils sur lesquels on se penchera seulement pour verser des larmes. Rien n'est plus émouvant, plus philosophique, plus poétique, plus profond que cette rencontre si naturelle et si inattendue, préparée par un artisan sans en comprendre la portée. Travaillant pour la vie et pour

SIGNAKH (KHÀKHÉTIK). — MARCHAND DE TOMBEAUX ET DE BERCEAUX. (Photographie du baron de Baye.)

la mort, pour la joie et pour le deuil, pour le commencement et pour la fin, ce marchand a réuni en un tas deux choses extrêmes, des articles de première et de dernière nécessité. Il a brutalement résumé dans sa boutique les deux points qui marquent notre passage ici-bas ; il a savamment rappelé ces deux instants, si éloignés ou si rapprochés, de notre apparition et de notre disparition. Gens de Signakh qui traversez le bazar allant chercher de quoi vous nourrir et vous vêtir, en passant par là, songez-vous aux langes, au linceul ou à la vie?

Nous avons terminé notre tournée en Khakhétie par un pèlerinage au couvent de Sainte-Nino, où les nonnes ont succédé à des moines. On dit l'église fondée parle roi Mirian Ier, mais, saccagée à plusieurs reprises, il ne subsiste aucune trace de sa haute antiquité. L'édifice que l'on voit aujourd'hui date seulement du xvir siècle. La façade de l'entrée principale revêtue de briques vernissées bleues, vertes et noires, est d'une grande originalité.

COUVENT DE SAINTE-NINO, PKÈS SIGNAKH. — L'ÉGLISE. (Photographie du baron de Baye.)

Dans une chapelle latérale, à droite de l'iconostase, se trouve le tombeau de sainte Nino1.

De Khakhétie passons en Gourie.

Nous avons été visiter les plantations de thé qui sont une des curiosités du Caucase. De nombreux voyages en Russie et en Sibérie m'ont appris combien le thé est répandu, combien il est aimé et dans quelles proportions il est importé de Chine. Un essai a été tenté pour introduire sa culture, près de Batoum, dans une contrée que son climat a doté d'une flore sub-tropicale. Nous •

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