I. Il se nommait Karebérh
saillantes. Lorsque le fils apprit que son père venait vers lui, il se fit suspendre aux poutres par les bras, pour ne pas être couché mais se tenir debout devant son père.
À peine le vieillard eut-il quitté la maison du blessé, qu'il apprit que son fils venait de rendre le dernier soupir. L'effort qu'il avait dû faire avait épuisé le peu de forces qui lui restaient.
Le Bjédouk, qui me contait cette histoire, était tellement ému que de grosses larmes, échappées de ses yeux, perlaient sur sa barbe blanche.
Après que nous eûmes visité plusieurs habitations, nous revînmes à la maison des hôtes pour le repas qui nous était offert. Le maître de céans devait seul manger avec ses hôtes, servis par son fils et ses neveux. Et le fils de dire : « Les hôtes doivent obéir au maître, sans objection ; vous devez manger, car nous avons nos arme*. > Cette ancienne manière de provoquer l'appétit ne manque pas de couleur locale.
Nous étions accroupis, mes interprètes et moi, sur des rondins de bois très bas. Le prince demeurait debout. Après que l'on eut versé de l'eau sur nos mains, on apporta un petit guéridon peu élevé, servant à la fois de table et de plat, il portait, au centre une pâte en forme de tarte, c'était du millet cuit. Dans du beurre fondu, teinté de poivre rouge et de safran, nageaient des ailes et des cuisses de poulet. Pour manger, on ne se sert que de ses doigts. Chacun des convives détache un fragment extérieur de la pâte, le trempe dans le jus de couleur orangée, puis pèche un morceau de poulet. Ensuite les petits os sucés sont posés sur le bord de la table laissé vide pour cet usage.
On enlève le guéridon, un second lui succède, celui-ci garni de la même manière, de la pâte entourant des morceaux de mouton imparfaitement cuits, sortes de côtelettes avec peu de viande et beaucoup de graisse. On mange le mouton comme on a mangé la volaille, et les os sont jetés au jeune loup enchaîné dans la cour.
Enfin un troisième guéridon remplace les premiers, il porte deux récipients, l'un plein de riz 4 mélangé à des raisins secs et l'autre de crème aigre. Avec des cuillères, faites de bois de palmier, on prend alternativement du riz et de la crème.