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I. Sorte de plov

Entre temps, le fils versait un verre de c mepsi >, agréable boisson faite de pommes sauvages1.

Mais je ne veux pas vous retenir plus longtemps chez ces nobles Circassiens.

Quelques jours plus tard, je me trouvais sur les côtes ensoleillées de la mer Noire, près de Guélendjik où j'avais trouvé asile chez un compatriote, M. Àndrieux, directeur d'une importante usine de ciment de Portland. Dans cettecontrée, les kourganes, que nous appelons tumuli, sont nombreux. La plupart d'entre eux contiennent les tombeaux des anciens Tcherkesses qui constituaient la population locale avant la conquête russe, ils ont été refoulés sur les territoires où ils sont actuellement cantonnés. L'inspection des crânes que j'ai rapportés corroborera, je le pense du moins, après une étude détaillée, la proposition que j'avance.

Toujours sur les mêmes côtes, il se trouve des monuments plus anciens qui rappellent nos dolmens et nos allées couvertes de France.

Les monuments mégalithiques du Caucase, encore ignorés, étaient certainement des lombeaux ; ils sont désignés par les populations locales sous la dénomination de « bogatyrskaïa khata », c'est-à-dire chaumières de bogatyrs. Les bogatyrs sont des héros fabuleux et légendaires.

Le monument dont je vous montre la photographie est considérable. La pierre supportée par d'autres blocs mesure 4 m. 37 de longueur sur 2 m. 13 de largeur. La dalle, formant support du côté de l'orient, est taillée et percée d'un trou.

Sur cette langue de terre, longeant la mer Noire, les Tcherkesses ont été remplacés par des colons de diverses nationalités, des Tchèques, des Grecs, des exilés russes qui forment une mauvaise population, peu civilisée, et peut-être plus dangereuse que celle dont elle a pris la place. Celle-ci avait du moins une certaine noblesse de caractère que ses successeurs ne possèdent pas. Je me suis laissé raconter que le brigandage sévissait dans ces parages. Revenu à Novorossisk, chef -lieu récemment créé du gouvernement de la Mer-Noire, j'ai visité le port, et les deux villes distantes l'une de l'autre de 2 kilomètres. L'une n'est pas trop vieille, et l'autre a

1. On boit aussi le « barkhzlm », sorte de bière faite avec du froment analogue à ce que les Tatares nomment c bouza ».

été commencée il y a huit années sur des terrains achetés par la Société du Standard russe créée avec des capitaux français. Cette nouvellecité, destinée à s'accroître rapidement, compte 8,000 âmes ; M. Lefeuvre-Méaulle, notre aimable vice-consul, l'habite. On ne se croirait ni en Russie ni au Caucase, plutôt dans la banlieue de Paris, ou au milieu de cottages.

Le nordost rend le séjour de Novorossysk fort désagréable. Ce vent, tellement violent, arrête les bateaux, renverse parfois che-

DOLMEN, ENVIRONS D'iLSKAIA, GOUVERNEMENT DU KOUBAN. (Photographie du baron de Baye.)

vaux et voitures; il a même précipité des wagons dans la mer. Le vent sert de tarif aux cochers, les prix varient selon sa furie. De 30 kopeks, prix ordinaire de la course d'une ville à l'autre, il s'élève jusqu'à 1 et même 2 roubles. Voilà qui ne manque pas d'originalité.

Rentré dans le gouvernement du Kouban, je fis un séjour à Ilskaïa où la compagnie du Standard russe termine une vaste exploitation de naphte dont il reste encore quelques puits. Près de cette localité, je trouvai dans une couche d'argile d'un gris

bleuâtre, des ossements de mammouths et d'hippopotames, mêlés à des traces attestant leur coexistence avec l'homme dans cette région où elle n'avait pas été révélée. Une excursion difficultueuse, sous la conduite d'un chasseur, me fit voir1 un autre groupe de dolmens semblables à ceux des rives de la mer Noire. Après avoir examiné des plantations el des récoltes de tabac, je quittai la province du Kouban pour gagner celle du Térek. Wladikavkas devint

PRÉPARATION DES FEUILLES DE TABAC PRÈS ILSKAÏA, GOUVERNEMENT DU KOUBAN.

mon quartier général. En dehors du bazar, dont M. KirakozofT me fit connaître toutes les curiosités, et du comité de statistique, dont M. Vertepoffme fit les honneurs, cette ville n'offre rien d'intéressant.

Grâce à M. Kotlarewsky, le très aimable maître de police de "Wladikavkas, j'ai pu étudier une trentaine de Khevsoures, des-

1. Sur le territoire de la Stanitza Kholmsky, au sommet d'une montagne dominant la vallée de la rivière Azoubze.

cendus de la montagne pour chercher des provisions4. C'est seulement durant deux mois de l'été qu'ils peuvent quitter leurs régions élevées d'un accès difficile* Du reste, ils craignent la chaleur. En langue géorgienne, Khevsoure signifie habitant d'un défilé. Khevs est le génitirde Khavi qui veut dire défilé. Onri est une particule qui signifie habitant.

L'habitude qu'ils ont de porter des croix pour orner leur che-

KHEVSOURES DE L'AOUL DR OKHKRKHKVI (GOIÎVERNKMENT DE TIFLIS)

PHOTOGRAPHIÉS A WLADIKAVKAS.

{Photographie du baron de Baye.)

mise et différentes parties de leur ajustement, ainsi que l'usage de certaines armes, les ont fait considérer à tortcomme les descendants d'un petit groupe de croisés qui, n'ayant pu traverser le Caucase, y seraient demeurés et auraient épousé des femmes géorgiennes. En

1. Ces khevsoures venaient de l'aoul Okherkhevi, situé dans l'arrondissement de Thionet.

somme, les Khevsoures forment une tribu géorgienne, isolée dans les régions peu pénétrables, et ayant conservé les anciens costumes ît usages. Du reste, ils parlent le géorgien. Leurs cottes de mailles, leurs casques composés d'une plaque métallique, légèrement convexe, d'où pend un réseau métallique, toutes leurs armures enfin semblent les mêmes que celles des anciens Circassiens. Quant aux objets et armes de provenances occidentales,

KHEVSOURES DE L'AOIIL OKHERKHEVI (GOUVERNEMENT DE TIFLIS) PHOTOGRAPHIÉS A WLADIKAVKAS.

(Photographie du baron de Baye.)

trouvés chez eux, on en rencontre également chez les autres montagnards.

Les vêtements des Khevsoures sont en grosse laine tissée dans leurs aouls. Le gros bleu domine, mais il est rehaussé de broderies, d'applications d'étoffes rouges, d'ornements de toutes sortes.

Une particularité qui m'a beaucoup frappé : ils ont la coutume de porter toujours au pouce une grosse bague en fer ou en cuivre»

Ces bagues se nomment satite, elles sont volumineuses, massives, armées de pointes; le coup qu'elles peuvent porter les rend dangereuses.

On dit les Khevsoures très peu chrétiens, et un peu païens. Ils aiment à manier leurs armes; on les dit cependant assez doux, excepté lorsqu'ils sont attaqués. Les Ingouches, leurs voisins, les craignent, car si un Ingouohe touche un Khevsoure, oa peut

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