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Les Ossètes nomment saint Georges « onasterdji

Tchmy. J'ai remarqué dans la maison des Hôtes, où Mai Doudaroiïm'a reçu, une ornementation consistant en raaiosdr^ sculptées sur les poutres soutenant la saillie du toit, sur les porta sur les volets et même sur les pierres. Cette ornementation fa de l'ancienne coutume de couper la main droite de l'eanemiet* la clouer comme trophée dans la demeure. C'est parmi les Ossètes, les Ingouches et les Tchétchènes qaJ

AOLL INGOICHE DALLAKOYÀ, PROVINCE DU TEREK. (Photographie du baron de Baye.)

trouve le plus de brigands, mais les Tchétchènes dépassent k autres. On dit qu'un Ingouche qui n'a pas commis de crime tf trouve pas à se marier dans son aoul. Est-ce à dire que te Ingouches ne reçoivent pas leurs hôtes avec le mêmeeraprës* ment cordial, avec les mêmes cérémonies orientales que les autre populations de la Caucasie du Nord? Non, assurément; pourerc, comme pour tous, les hôtes sont sacrés. Rien à craindre tant quou est chez eux, mais, une fois parti, on perd avec la qualité d'hôfe l'assurance de ne pas être attaqué.

Les coutumes des Ingouches sont semblables k celles desOssètes. ous les Ingouches sont mahométans. L'aoul Dallakova, que j'ai isité, compte 260 maisons et 1,500 habitants. Les hommes ont sûrement une seule femme, souvent deux, et parfois trois ou quatre, s ont aussi une maison des Hôtes; on y trouve toujours de forts fttons terminés en haut par plusieurs branches horizontales légèreîent arrondies. Ce sont de précieux appuis pour ceux qui doivent

MOULLA ET SA SUITE, AOUL BATACHEYO, PROVINCE DU TÉREK. (Photographie du baron de Baye.)

se tenir longtemps debout, leur usage est très fréquent. En effet, un fils devant son père, un inférieur devant un supérieur, un habitant de l'aoul devant son hôte ne doivent jamais s'asseoir. Quand des hôtes couchent dans la maison consacrée à cet usage, le chef, ou à sa place un des membres de sa famille, se tient toute la nuit debout auprès de ceux qu'il reçoit.

La porte de la maison des Hôtes est couverte de signes gravés dans le bois, ils correspondent à des marques de propriétaires, ce sont des blasons primitifs, on les nomme « tavro >. L'hôte ne man-

que pas de tracer son emblème sur le logis où il a été reçu. En outre, ceux qui perdent leurs chevaux gravent aussi sur la porte leur signe, car chaque bête porte taillée dans son poil, sur la cuisse gauche, la marque de son propriétaire.

Pour nous fêter, on dansa chez les Ingouches au son d'un instru- - ment à trois cordes nommé mena pander. Il ressemble à celui des Ossètes. Puis on nous invita à manger. Je vous ferai grâce du menu. Néanmoins, je vous dirai que Ton présente à l'étranger, auquel on veut faire honneur, la tête du mouton sacrifié ; le crâne est fendu, l'hôte doit manger un morceau de la cervelle en ayant soin de le prendre du côté droit. Ensuite, il doit couper l'oreille pour l'offrir à celui des hommes présents qui lui plait le plus. Si l'appétit faiblit devant des mets souvent peu engageants, le maitre de céans dit à l'invité : « Les hôtes sont des brebis, et les maîtres de la maison, des loups. »

Si cela n'était pas dit en riant, on pourrait croire à une intimidation.

Voici une invitation à manger plus curieuse encore pour un ethnographe :

« Mangez le pain de votre ami avec autant de plaisir que vous auriez à manger la tête de votre ennemi. »

N'est-ce pas une ressouvenance du cannibalisme?

Passons de chez les Ingouches chez les Kabardiens.

Chaque fois que nous nous rendions à un aoul, les hommes venaient au devant de nous pour nous escorter en faisant d'extraordinaires djighitovka, tirant en l'air et par terre des coups de fusil, quittant et reprenant leurs montures lancées au galop. Quelle belle mise en scène que ces cavaliers agiles sur leurs coursiers fougueux, aux naseaux injectés de sang, aux veines saillantes sous le poil brillant. Parfois, au travers d'un nuage de fumée et de poussière, on aperçoit au bord du chemin des pierres dressées avec des reliefs rehaussés de couleurs éclatantes. Ce sont des tombeaux ou des monuments commémoratifs. Le colonel Wyrouboff, chef du district des Ossètes, me disait : « Nous avons là une cavalerie unique au monde ; en cas de guerre, qui donc pourrait nous en opposer une pareille? >

Nous voici au bord du Térek qui sert de frontière entre l'Ossétie et la Kabarda.

En franchissant le fleuve, les merveilleux vers de Lermontoff sur

les dons du Térek reviennent à la mémoire. Le poète fait dire au Térek ^adressant à la Caspienne :

« Je t'ai apporté un présent, — et ce présent n'est pas le pre- « mier venu : — c'est un Kabardine pris au champ de bataille, — c un valeureux Kabardine.

« 11 est revêtu d'une riche cotte de mailles — et sur ses brassards t d'acier — un verset sacré du Coran — est gravé en lettres d'or; « — ses sourcils sévères sont contractés, — et la frange de ses

< moustaches — est teinte d'un sang bouillant, — généreusement « répandu ; — son œil ouvert, muet, — est encore plein de haine « inassouvie; — sur sa nuque le tchoub sacré — tortille sa touffe « noire. »

« Cependant, étendue sur sa molle plage, la Caspienne rêve en silence; — l'impétueux Térek roule ses eaux — et dit de nouveau à la vieille mer :

« Ecoute-moi, mère; voici un présent sans prix! — Les autres « ne sont rien; — mais du monde entier — j'ai caché celui-ci « jusqu'à ce jour. — Je t'apporte dans mes ondes — le cadavre « d'une jeune Cosake, — aux épaules d'un blanc bruni, — à la c tresse d'un blond éclatant. — Triste est son visage décoloré; —

< mais, à sa poitrine, d'une petite blessure — coule un ruisselet c rouge. — Et sur la jeune belle, — auprès de ma rive, il n'en est c à ne pas s'affliger — qu'un seul de tout le village, — qu'un seul c Cosak de Grében.

« Car celui-là a sellé son cheval noir, — et dans une escar- « mouche de nuit, au fond de la montagne, — sous le poignard « d'un méchant Tchétchène — il a courbé son front. »

c Le fleuve bouillonnant se tait, — et au-dessus de lui, blanche comme la neige, — une tête, aux cheveux épars — s'élève branlante.

« Et la vieille mer dans l'éclat de sa puissance — se relève formidable, comme la tempête, — et un éclair de passion s'allume — dans ses yeux d'un bleu sombre.

« Elle bondit, pleine d'allégresse, — et dans ses embrassements — les flots qui se pressent — sont accueillis avec un murmure d'amour. »

.Nous voici parvenu à l'aoul kabardien nommé Batachevo. Les

Kabardiens sont avec les Bjédouks les plus nobles parmi tekà lants du Caucase ; ils ont un caractère élevé et représentent, tm ces derniers, ce qui reste de cette fière et brillante race dsii cassiens.

Toute la population masculine de Batachevo nous altetk Après la bienvenue, souhaitée par le starchina et les échangé compliments d'usage, nous passons devant le métcbet, autreng

PROVINCE DU TÉREK, MAISON KABARDIENNE, AOPL BATACHEVO. (Photographie du baron de Baye.)

dit la mosquée; à la porte nous attend le moulla avec son entât rage. Puis nous arrivons dans la cour où les habitants se sont r* semblés; on y danse la lesghinka. Les femmes ne paraissent pas, k côté féminin est représenté seulement par des filles. Elles soi longues et sveltes, élancées et gracieuses, dans leurs ajustement longs plis, pendant verticalement; la taille, légèrement d« est marquée par une large ceinture d'argent niellé; le corsafe s'attache sur le devant au moyen d'agrafes d'argent et laissent

une chemise de couleur claire. Le dos et la poitrine sont également plats, car il est d'usage d'empêcher le développement de la poitrine.

Comme les filles ossètes, mais avec plus de rigueur, les filles kabardiennes sont, dès l'âge de II ou 12 ans, cousues dans un corset généralement en peau, rarement en soie; deux planchettes en bois sont fixées sur chaque côté de la poitrine pour empêcher

PROVINCE DU TEAEK, FILLE KABAftDIElfNE, AOUL BATACHEVO. (Photographie du baron de Baye.)

toute saillie de se développer. C'est seulement le jour du mariage que la jeune fille quitte cet appareil impitoyablement compresseur. Les manches du corsage sont très collantes, elles se terminent au poignet par un ample volant de soie légère. Au-dessus du poignet, un bracelet de velours retient un. grand panneau ovale, de la même étoffe, tendu sur un fond rigide et couvert de broderies d'or. Lorsque le bras pend le long du corps, ces ornements volumineux touchent presqu'à terre. Dans l'action de la danse, ces panneaux

s'agitent gracieusement et laissent rarement voir une main toujours mignonne.

Je ne vous parlerai pas de la lesghinka, mais d'une danse nationale kabardienne nommée « ouïtsch ». Les filles, plus nombreuses que les danseurs, se tiennent sur un rang. Chaque garçon prend une fille par le bras gauche et les couples en se suivant, s'avancent d'un pas lent, rythmé, en se balançant légèrement au son d'un

DAGHESTAN, BAZAR DE TÊMIR-KHAN-CHOURA, JUIFS DES MONTAGNES. (Photographie du baron de Baye.)

air très mélodieux, très doux, dont le motif assez bref est répété chaque fois que les cavaliers changent de danseuse. Rien n'est plus charmant que cette promenade dans laquelle la grâce, la souplesse, le beau maintien des paysans kabardiens apparaissent dans tout ce qu'ils ont de plus séduisant.

Mais le temps presse, quittons la province du Térek pour gagner le Daghestan. Je pris à Wladikavkas le chemin de fer jusqu'à Pétrovsk, où régnait alors une violente épidémie de fièire dont quel-

les cas avaient tous les caractères de la fièvre jaune. On attribue t accroissement et cette aggravation d'une maladie endémique ns ces parages, aux emprunts de terre faits dans des cimetières > cholériques pour l'agrandissement du port sur la Caspienne. 1 franchit les 48 kilomètres qui séparent Pétrovsk de Témirlan-Choura, dans une voiture de poste sur une route pittosque.

A Choura, je reçus une cordiale hospitalité du gouverneur mi-

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