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DEUXIÈME PARTIE

leur côté, soit pour rester en harmonie avec les édifices qui les avoisinent, soit pour subvenir aux exigences qu’entraîne souvent la population nombreuse des grandes villes, ont bâti des maisons beaucoup plus élevées que les demeures ordinaires des Orientaux. Leur accordant ce luxe de fenêtres que rejettent les Damasquins, ils ont accroché devant chacune de ces ouvertures une légère cage de bois qui s’avance au-dessus de la rue, surmontée d’un toit en double pente et formé de parois en treillis artistement découpé. Enfin, quand la dynastie régnante a voulu, dans cette pure production sarrasine, apporter des innovations européennes, sans altérer le caractère des rues elle en a élargi quelques-unes, pour laisser circuler les voitures; elle a surtout environné la ville de plantations. qui lui donnen: un charme de plus, en joignant les inépuisables ressources de la nature aux fruits les plus capricieux de l’imagination humaine.

C’est à Ibrahim-Pacha qu’on doit les magnifiques promenades qui, depuis la place de l’Esbékyeh, s’étendent entre le Caire et Boulak, son faubourg sur le Nil. Les arbres réussissent à merveille: des essences européennes se confondent avec la végétation de l’Orient ; l’inondation annuelle donne une fraîcheur incomparable aux prairies qui bordent ces plantations, et la ville vue à distance, groupée au-dessus de ces vertes pelouses et de ces bouquets d’arbres, offre un coup d’œil que l’Inde ne répudierait pas.

La place de l’Esbékyeb (1) forme un demi-cercle irrégulier dont l’intérieur, conquis sur l’inondation par les travaux de Mébémet-Ali, est occupé par les syco-

(1) Le nom vient de la mosquée construite dans le voisinage sous le règne de Kait-Bey, par l’émir Esbéky, en commémoration d’une victoire remportée par lui sur les troupes de Bajazet — 1480.

mores et les acacias : des cafés très -fréquentés sont établis sous leur ombrage. C’est, il est vrai, le côté le plus européen de la ville, car les hôtels se sont installés dans les maisons à l’italienne qui bordent la place, mais l’Europe s’arrête presque à ces habitations; les calèches même qui stationnent devant les portes ont un cachet tout particulier, grâce au cocher, grâce surtout au coureur nègre qui se précipite au pas gymnastique devant les chevaux et fait, à grand renfort de cris et de coups de canne, ranger les piétons et les ânes. Le$ ânes ajoutent encore à la physionomie du Caire : principal moyen de locomotion dans une cité où les distances sont énormes, soignés, bien entretenus et vigoureux, couverts de selles en étoffe bigarrée, ils vous sont offerts à chaque pas par leurs conducteurs. Ceux-ci sont des enfants à l’œil éveillé, à l’esprit intelligent; vêtus d’une blouse bleue très-courte et d’une calotte blanche qui leur tient fort serré sur la tête, ils courent pendant des heures entières jambes nues après leur baudet, l’excitent de la voix, le piquent de la baguette, le poussent dans la bonne direction si le voyageur se trompe, et trouvent toujours moyen de le faire passer lorsqu’un encombrement remplit la rue, par les interpellations directes et variées qu’ils ne cessent de lancer à ceux qui leur font obstacle.

Et maintenant, qu’on roule en voiture au risque d’écraser les piétons qui mettent une nonchalance infinie à se garantir, ou qu’on galope sur un âne par les chemins plus courts, c’est-à-dire dans les ruelles étroites qui rappellentDamas, il est impossible de ne pas se sentir transporté dans un milieu purement oriental. En effet, sur les ânes et même dans les voitures, on aperçoit des indigènes; sur les chevaux richement caparaçonnés, dont la selle de velours est brodée d’or,

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